Politique
POPULISME JUDICIARE EN HAITI: RETOUR SUR UN CAS FLAGRANT

« La justice, dit-on, ne vit pas de scandale, elle en meurt ».

Le lundi 22 avril 2024, digne citoyen respectueux des lois et de la justice de mon pays, j’ai accepté, librement, de répondre à l’invitation du juge Merlan Belabre. La disparition ou dilapidation des équipements du CNE, telle qu’établie dans un rapport d’enquête, produit par l’unité de lutte contre la corruption (ULCC).

L’entretien au cabinet du juge Belabre, nouvellement chargé de l’instruction de ce dossier, a duré, un peu plus de 2 heures d’horloge. Il s’est déroulé dans une atmosphère empreinte de respect et de sérénité. Je n’ai été considéré, ni comme témoin et encore moins comme inculpé. Je suis rentrée, à son cabinet, en homme libre et suis sorti, encore, en homme libre.

D’ailleurs, au mois de janvier 2024, j’avais, publiquement et formellement, exprimé ma totale réprobation des agissements répréhensibles du juge Al Duniel Dimanche à l’encontre de ma personne et des autres hauts dignitaires de l’Etat qu’il a cherchés, inconstitutionnellement, illégalement et méchamment, à indexer dans ce dossier.

Peu m’importe que le juge Dimanche soit, aujourd’hui, dessaisi de ce dossier, que son mandat soit renouvelé ou pas, qu’un autre juge soit désigné pour mener cette instruction, mes réserves restent formelles et intangibles.

Le juge Dimanche, ou tout autre magistrat, ne trouverait aucun indice, aucune preuve, aucune cause, aucun motif, aucun fait ou élément lui permettant d’associer mon nom à une quelconque mauvaise gestion de l’administration du CNE et des matériels et équipements mis à sa disposition.

Je réaffirme, formellement, que le tribunal de première instance d’où relève monsieur Al Duniel Dimanche, est incompétent pour instruire sur les faits et actes posés dans l’exercice de mes fonctions de président de la République.

A toutes fins utiles, je rappelle :

Le scandale de la disparition ou dilapidation des matériels et équipements du Centre national des équipements (CNE), résulte d’un rapport d’enquête rendu public, par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) le 15 novembre 2023. Le CNE, placé sous la tutelle administrative du ministère des travaux publics, transports et communication (MTPTC), 

est un organisme public jouissant en apparence, de l’autonomie administrative et financière.

Les matériels et équipements mis à sa disposition à partir des fonds provenant du trésor public, étaient engagés dans le projet, « Karavàn chanjman »  lancé en 2018, à grands renforts de publicité, par le Président Jovenel Moise. C’est dans le cadre de ce projet, exécuté entre 2018 et 2021, que lesdits matériels et équipements seraient détournés et attribués à des proches de l’équipe au pouvoir, à la recherche de visibilité politique dans leurs circonscriptions électorales.

Personne n’est dupe. La liste soumise, par l’ULCC et à travers laquelle la mise en mouvement de l’action publique a été recommandée, identifie une vingtaine d’individus en possession de ces équipements. Elle y inclut des parlementaires, des conseillers, des membres du cabinet particulier et des proches amis du président Moise.

Le réquisitoire d’informer, adressé par le commissaire du gouvernement au doyen du tribunal de première instance (TPI) de Port-au-Prince, contient, exclusivement, les noms,  figurant dans cette liste, qui seraient, selon le rapport de l’ULCC, en possession de ces équipements.

Aucun nom d’anciens présidents, premiers ministres, ministres et encore moins le mien, n’a été mentionné, dans les conclusions dudit rapport, comme donneur d’ordre, facilitateur voire être en possession d’un quelconque matériel ou équipement déclaré, détourné, dilapidé ou tout simplement volé.

L’utilisation abusive des réseaux sociaux, en lieu et place des voies et procédures tracées par la Constitution et les lois de la République, pour salir les noms et attaquer l’honorabilité et l’intégrité de ces hauts dignitaires, témoigne que les motivations, du juge Al Duniel Dimanche, étaient, fondamentalement, politiques et non juridiques. Les questions à se poser sont les suivantes :

 

Comment et sur quelle base juridique peut-il me rendre responsable des dérives, manquements aux règlements ou actes irréguliers posés par un directeur général nommé, des années, après mon départ du pouvoir ?

Pourquoi cherche-t-il à associer mon nom et m’impliquer dans cette dérive grotesque dont tout le monde connait l’origine, le fait générateur et l’espace temporel ?

Pourquoi a-t-il, délibérément, choisi  de contourner les institutions, voies et procédures tracées par la loi pour informer les personnalités indexées des mesures prises à leur encontre. Toutes les actions de monsieur Dimanche, me concernant, n’ont été publiées qu’à travers les réseaux sociaux.  

Qu’il s’agit des ordonnances, envoyées aux banques commerciales instituant le gel et le verrouillage de mes comptes bancaires, des 

mandats d’inculpation, d’amener et d’interdiction de départ. Elles ne m’ont été, nullement, signifiées par les instances compétentes prévues par les lois de la République.

Cette confusion, sciemment provoquée par les agissements maladroits et intéressés d’un activiste politique déguisé en magistrat va demeurer, longtemps, dans la mémoire collective.

La conviction de l’opinion publique, par cette utilisation abusive des réseaux sociaux, est déjà acquise. Elle n’établira, aucune différence entre les vrais responsables de la disparition et dilapidation de ces équipements et ceux qui sont victimes de persécutions politiques de la part d’Al Duniel Dimanche. Le traitement que donnera le nouveau juge, chargé de l’instruction de ce dossier de corruption, ne sera jamais reconnu comme juste, conforme et dénué de tout favoritisme.

C’est fort de ces causes et motifs que, dans la pleine jouissance de mes droits et libertés, garantis par la Constitution, j’avais refusé et que je refuserai toujours de me prêter aux démarches malsaines et malveillantes de tout activiste politique, déguisé en magistrat.