Politique
ADVERSITES ET DEBOIRE DE JOCELERME PRIVERT : SON INCARCERATION POUR L’HISTOIRE ET LA VERITE

ADVERSITES ET DEBOIRE DE JOCELERME PRIVERT : SON INCARCERATION POUR L’HISTOIRE ET LA VERITE.

 

Tout a commencé par l’enlèvement et la séquestration de mon chauffeur, dans le courant de la journée du 5 avril 2004.

 

Le Président Jean Bertrand Aristide, forcé de démissionner et d’abandonner le pouvoir, est parti pour l’exil tôt dans la matinée du 29 février 2004. Les informations répandues dans les medias locaux laissent croire que les résidences de certains membres du Gouvernement, dont celle du Premier Ministre Yvon Neptune, ont été attaquées et livrées aux pillages. Une fois informé de cette situation dangereuse et des menaces qu’elle fait peser pour la vie et les biens des personnes identifiées comme cibles potentielles, j’ai choisi un instant, pour des raisons de sécurité, de me retirer de ma demeure et de m’installer chez un ami. Peu de jours après, avec l’arrivée de la Force Multinationale Intérimaire, le calme étant revenu dans la cité, les actes de vandalisme et de pillages ayant cessé, j’ai regagné mon domicile et me suis remis à relancer mon Cabinet de conseils et de consultations en comptabilité et en fiscalité.

 

Le lundi, 05 avril 2004, j’étais, toute la journée à mon domicile m’activant à reconstituer les dossiers des clients, ayant fait appel, à nouveau, à mes services professionnels. Mon chauffeur est parti faire les courses habituelles et devrait, selon l’itinéraire programmé, être de retour à la maison vers les 2 heures de l’après-midi. Il est déjà 4 heures, contrairement à ses habitudes, il ne rentre pas et n’appelle pas, non plus, pour informer d’un quelconque inconvénient. Le personnel de la maison l’appelle au téléphone en vue de s’informer des motifs de ce retard inhabituel. Les heures passent et il ne répond toujours pas. On s’achemine déjà vers les 7 heures du soir quand un de ces appels, contre toute attente, ramène au téléphone une voix inconnue, informant que le chauffeur a eu un accident et a refusé d’endosser les frais de réparation du véhicule endommagé. Cette situation nous étonne tous à la maison d’autant plus qu’elle est, tout à fait, contraire aux règlements sur la circulation en vigueur dans le pays. Comble d’inquiétude et de préoccupation, l’interlocuteur refuse de faciliter tout contact direct avec le chauffeur. J’ai vite compris qu’il s’agit d’un montage et ce dernier a été séquestré et retenu aux fins de conduire ses ravisseurs à mon domicile.  

Flairant le danger qui me guette, derrière cet accident tout à fait étrange, j’ai décidé vers les 7 heures du soir d’abandonner mon domicile et de me mettre en lieu sûr, chez un ami originaire, comme moi, de Petit-Trou-de-Nippes. J’en profite, entre temps, pour multiplier des appels téléphoniques, pour m’enquérir des raisons pouvant justifier cette situation troublante. Vers les 10 heures du soir, le personnel m’informe que la maison est l’objet d’un véritable siège. Des véhicules tout terrain, non immatriculés et portant gyrophares, déversent, à l’intérieur de ma cour, leur cargaison d’hommes, tout de noir vêtus, encagoulés et lourdement armés. A l’extérieur et dans les rues adjacentes, selon les voisins, d’autres véhicules, bondés d’individus aux mêmes accoutrements, montent la garde.

De mon refuge de circonstances, j’établis des contacts avec diverses personnalités politiques et de la société civile, pour leur informer de cette descente de lieux à mon domicile. En tout premier lieu, j’appelle le Commissaire divisionnaire, Aramick Louis, ancien Directeur Départemental de l’Ouest de la PNH (DDO)  et ancien conseiller au Bureau du Premier Ministre Neptune, pour les questions de Police et de Sécurité Publique. Il alerte, à son tour, le Commissaire Michael Lysius, responsable de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ). Ce dernier affirme n’être informé d’aucun ordre de perquisition à mon domicile voire d’une intervention Policière à mon encontre.

La deuxième personne à avoir été contactée est Lionel Etienne, un ami de longue date. Il occupait, à ce moment-là, les fonctions de vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti. En plusieurs occasions il a eu à me vanter ses étroites et excellentes relations avec les responsables de la mission diplomatique française accréditée en Haïti. Déjà en novembre 2003, il avait pris l’initiative, sans me consulter, de les aborder dans la perspective de me faire laisser le pays. Il a été les voir, me disait-il, parce qu’il a la certitude que les choses ne vont pas changer et la chute du gouvernement est imminente. Sa démarche n’a pas retenu mon attention. Suite à mon appel et face à la gravité de la situation que je lui ai décrite, il rentre en contact avec ses amis de ladite mission diplomatique et me communiqué les coordonnées d’un fonctionnaire désigné pour m’assister. Ce dernier, répondant au nom de Georges est  joignable au numéro de téléphone  509-525- 5280.

Tenant compte de ma longue amitié avec cet homme d’affaires, de la confiance que, mutuellement, nous nous témoignons, de la gravité de la situation et du danger auquel ma famille et moi sommes exposés, sans hésiter, j’établis le contact avec le fonctionnaire en question. Ce dernier accueille avec beaucoup d’intérêt et d’empressement mon appel. Il s’est montré très préoccupé pour ma sécurité et a demandé avec insistance à me rencontrer, le soir même. Il se dit être prêt à venir me rejoindre là où je me terre, dans un véhicule avec immatriculation diplomatique comme couverture d’extraterritorialité. Ce que j’ai tout naturellement refusé. Une telle légèreté de ma part aurait constitué une véritable menace pour cette famille qui m’a accueilli. Après maintes consultations, j’ai proposé, audit fonctionnaire, de nous rencontrer à l’entrée principale de la résidence de l’Ambassadeur au Manoir des Lauriers.

RENCONTRE AVEC DES AGENTS DE L’AMBASSADE DE France. 

Arrivé sur les lieux du rendez-vous, j’ai été courtoisement accueilli dans un véhicule portant effectivement une immatriculation diplomatique. Ils étaient deux dans la voiture à m’attendre. Le premier à s’identifier se présente comme Georges et il m’annonce : « maintenant, Monsieur Privert, vous êtes en sécurité. Vous êtes sur le territoire français, le  véhicule porte une plaque diplomatique et est propriété de l’Etat français ». 

Après les salutations et remerciements d’usage, mes premiers mots, sans ambages, ont été « vous savez qui je suis ? ». Je suis l’ancien Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales de l’administration Aristide-Neptune. Je veux être très clair avec vous sur deux choses. Tout d’abord, je n’ai eu, dans l’exercice de mes fonctions, à commettre aucun acte délicieux ou criminel, de quelque nature que ce soit et je ne cherche, non plus, à être accueilli par une ambassade étrangère. Deux faits qui m’auraient incité à fuir le pays et partir pour l’exil. J’entends rester dans mon pays et y vivre en paix et en sécurité. Après ces quelques minutes de civilités et d’échanges circonstanciés à l’intérieur même du véhicule en stationnement, nous nous déplaçons en direction du Champs de Mars où, sans aucune difficulté, le véhicule franchit le portail donnant accès à la cour de l’Ambassade.

A partir de là, nous entamons les vraies conversations. Je leur fais un récit des événements et faits vécus depuis la séquestration, suivie de tortures, de mon chauffeur jusqu’à l’invasion et la mise à sac de mon domicile.  A cette phase, Monsieur Georges, de façon claire et catégorique, avance « Monsieur Privert, vous n’êtes pas en sécurité. Votre vie et celle de votre famille sont sérieusement en danger. A ma compréhension, me dit-il, plusieurs hypothèses sont à envisager, pour une meilleure appréciation de cette intervention à votre domicile. 

Il y voit trois possibles.

Les membres du gouvernement inquiets de mon choix de rester au pays craignant que je sois amené à faire des déclarations ou témoignages de nature à les incriminer.

Les anciens rebelles (assaillants), maintenant à Port-au-Prince et qui auraient des contentieux à régler avec moi tenant compte de l’implication du Ministère visible dans la gestion des nombreux assassinats commis par ces bandits dans diverses régions du pays.

Les agents indélicats de la Police, profitant de la situation de trouble qui règne au pays, cherchent à m’intimider intimider pour me soutirer de l’argent

Dans de telles conditions et quel que soit l’hypothèse retenue, seule la Force Multinationale Intérimaire peut, pour l’instant, garantir ma sécurité et celle de votre famille, dit-il.

A cette fin, il se propose d’établir les contacts avec les autorités politiques haïtiennes. La première personne contactée est Léon Charles, fraîchement nommé Directeur Général de la Police Nationale. Après quelques minutes de conversation, entre eux et hors du véhicule diplomatique, Léon Charles demande à me parler. C’est pour me jurer, par tous les grands dieux, qu’il n’est au courant de rien, que la PNH ne détient aucune plainte contre moi et qu’en que principal responsable de cette institution, il n’a planifié aucune une perquisition à mon domicile et encore moins autorisé l’exécution d’un mandat d’arrestations. Il promet, en fin de compte, d’en informer le Ministre de la Justice. 

Léon Charles, moins de cinq minutes plus tard, rappelle pour annoncer un appel imminent du Ministre de la justice Bernard Gousse. Effectivement, quelques instants après, le portable de Georges sonne et Bernard Gousse est à l’autre bout du fil. La conversation, entre les deux hommes, s’est faite hors du véhicule et a duré une trentaine de minutes environ. Georges revient et me demande si je trouve un quelconque inconvénient à rencontrer le Ministre Gousse. Aucun, dis-je. C’est quelqu’un je connais, parfaitement et avec qui j’ai des antécédents plus tôt personnels. J’espérais, tout de même, que cette rencontre ne peut que  mettre un terme, ce soir même, à cette situation angoissante. Le rendez-vous est fixé, pour des raisons qui me sont jusqu’à présent inconnues, dans les parages de l’Aéroport International. Le véhicule, alors, quitte la cour de l’Ambassade et prend la direction du lieu indiqué.

Mon arrestation par le Ministre de la justice en personne ou assassinat raté

Mon arrestation par le Ministre de la justice en personne. Nous voilà, depuis environ trois heures de temps, en stationnement devant la partie réservée au départ des passagers de l’Aéroport International Toussaint Louverture. Toujours assis à l’arrière du véhicule diplomatique, comme un oiseau en cage, j’attends tranquillement ma rencontre avec le Ministre de la justice, avec grand espoir qu’elle m’apporte les garanties de sécurité pour vivre dans mon pays.

Il est maintenant 2h15 du matin, Bernard Gousse arrive, accompagné Reginald Delva son conseiller en sécurité et de Léon Charles Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Les deux premiers me rejoignent à l’arrière dudit véhicule. Georges prend la place du conducteur qui s’éclipse et Léon Charles s’installe sur le siège avant. Les salutations d’usage terminées, Gousse ouvre les débats : Monsieur Privert, je tenais personnellement à vous rencontrer pour vous  assurer que vos droits et votre dignité d’ancien Ministre seront respectés. J’ai un mandat d’arrêt pour vous. Cette annonce me surprend et me suis, tout de suite, engagé dans une conversation avec le porteur du prétendu mandat.

A ce moment-là, j’ai abordé avec eux la question de la séquestration de mon chauffeur, suivie de cette descente des lieux à mon domicile, en violation flagrante de l’article 24-3 de la Constitution.

Monsieur Bernard Gousse, ministre de la justice de mon pays, qu’on présente comme un éminent juriste, ne s’est pas, le moindre du monde, gêné d’assumer que ces hommes encagoulés, qui ont investi, pillé et mis à sac mon domicile, menacé et insulté ma mère, alors âgée de quatre-vingt (80) ans, étaient des agents de la Police Nationale d’Haïti.

Le Ministre en introduisant la conversation, en cette matinée du 6 avril 2004, m’a, seulement, annoncé qu’il détient un mandat d’arrêt contre moi. Il tenait, effectivement, entre ses mains, une enveloppe blanche  qu’il n’a jamais ouverte, pour en extraire un quelconque document et révéler son contenu. Je présume qu’elle était vide. Rien ne saurait justifier qu’un mandat émis, pas un juge d’un tribunal situé à 100 kilomètres de Port-au-Prince, se soit retrouvé aux mains du Ministre de la Justice, pour exécution.

Mandat ou sans mandat, je suis désormais en état d’arrestation et toujours coincé sur la banquette arrière du véhicule diplomatique entre Bernard Gousse et Reginald Delva. Georges retourne à sa place et Léon Charles regagne son véhicule. Le Pénitencier National est la destination indiquée au conducteur qui  entre temps a repris le volant

Au cours de route Georges me pose la question suivante

 Monsieur Privert, est-ce de votre plein gré que vous acceptez de vous rendre ? 

Monsieur Georges, vous m’aviez déjà dit que ma vie est en danger et que seule la Force Multinationale Intérimaire peut, pour l’instant, garantir ma sécurité. Ai-je un autre choix ?

On s’approche du Champs de Mars, Georges revient avec la même question,  Monsieur Privert, est-ce de votre plein gré que vous acceptez de vous rendre ?

Ma position n’a pas changé, Monsieur Georges, depuis le 29 février 2004,  je subis les pressions de ma famille et de mes amis pour laisser le pays. Ma réponse a toujours été non et pour les raisons suivantes:

Je suis citoyen Haïtien. Je n’ai commis aucun crime dans le pays. Je ne suis résident d’aucun pays étranger. Je n’ai ouvert de compte bancaire ou tenu des fonds disponibles dans aucun autre  pays au monde. Le seul reproche qui peut m’être adressé c’est d’avoir accepté de servir mon pays comme Ministre d’un Président démocratiquement élu et membre d’un Gouvernement jouissant d’une incontestable légitimité constitutionnelle et de lui rester loyal jusqu’à la fin. Je ne cherche ni protection diplomatique, ni asile politique. Je veux vivre en paix et en  sécurité dans mon pays.

Cependant, je veux signaler à l’encre forte, si le renversement du gouvernement, ce 29 février 2004, était l’œuvre des rebelles (anciens militaires, insurgés, civils armés ou assaillants) j’aurais, même à la nage, abandonné le pays. L’intervention de la communauté internationale à travers cette Force Multinationale Intérimaire, dans un conflit interne, devrait être une garantie de neutralité, de sécurité pour tous et d’absence de toute forme de persécution et de vengeance politiques. Monsieur Privert, me dit Georges, « vous avez fait le bon choix. Le fait par vous d’avoir choisi de rester dans votre pays apporte déjà la preuve que vous n’avez rien à vous reprocher ». Reginald Delva, à ce moment-là, me fait signe que Georges portait à son épaule un équipement, qui de temps à autre clignotait, ce qui laisserait supposer que mes déclarations ou mes réponses à ses questions sont enregistrées.

On est maintenant devant le Pénitencier National, on s’apprête à descendre du véhicule les deux fonctionnaires étrangers lèvent leurs mains, en l’air, en disant : « Nous n’avons rien vu, ni rien su ». Je suis donc livré aux autorités politiques haïtiennes, par cette mission diplomatique, pour être emprisonné. Ainsi se termine cette première partie de ce drame que je vais vivre, pendant près de vingt-six mois.

Un assassinat raté. La séquestration de mon chauffeur, la descente des lieux à mon domicile et la rencontre planifiée par Bernard Gousse, avec les deux agents diplomatiques, dans les parages de l’aéroport international Toussaint Louverture, participent d’un plan bien concocté. Leur objectif n’était pas de m’appréhender. C’était tout simplement un prétexte pour accréditer la thèse que j’aurais été abattu dans des échanges de coup de feu avec la police, en tentant de m’évader. Quelques grains de sables, introduits subtilement dans le moteur de la machine répressive de ces nouveaux maîtres des vies et des biens que se réclament Gousse et de Léon Charles, l’ont fait foirer.

En effet, plusieurs personnalités haïtiennes et étrangères étaient alertées que ma vie était en danger et objet de sérieuses menaces. Trois anciens collègues Ministres, deux militants des droits de l’homme et trois influents hommes d’affaires étaient informés, à travers mes deux téléphones portables (407 5413 et 550 2244) que j’étais aux mains de ces trois individus. A l’approche de la rue des casernes, j’ai eu encore la présence d’esprit d’avertir Me Camille Leblanc, mon impayable ami et Me Calixte Delatour, mon collègue Ministre que ma destination finale semble être le Pénitencier National et toujours accompagné de mêmes autorités.

De l’illégalité de mon arrestation, de mon incarcération et de ma détention prolongée au Pénitencier National,

Mon arrestation. Le Ministre de la justice et de la Sécurité Publique Maitre Bernard a procédé personnellement, dans la matinée du 6 avril 2004, à mon arrestation et à mon incarcération au Pénitencier National. Cette opération, précédée de l’enlèvement de mon chauffeur et de la mise à sac de mon domicile, n’est rien d’autre qu’une séquestration illégale et arbitraire. Le principal chef d’accusation retenu contre moi, selon les dires de Monsieur Gousse qui, en dehors de toute flagrance, s’est transformé en officier de police judiciaire, est commanditaire du « massacre de la scierie ». J’ai donc été arrêté sans mandat, par une autorité non munie des pouvoirs pour ce faire et en dehors des heures prévues par la Constitution. Donc il y a eu usurpation de titre et qualité, abus d’autorité et de pouvoir de la part de Bernard Gousse. Cette manière cavalière de se saisir de ma personne et de me priver de mes droits et libertés est une violation flagrante et caractérisée des articles 19, 21-1, 24, 24-2, 24-3, 25, 26, 26-1, 26-2, 27, 184, 185, 186, 189-1, 189-2 de la Constitution et ceux aux numéros 30, 31, 77, 79, 80 et 83 du code d’instruction criminel.

Mon incarcération au Pénitencier national. Il est entre temps 3 heures 30 du matin, escorté de Bernard Gousse, Léon Charles et Reginald Delva,  je fus conduit jusqu'à une petite cellule logée au greffe de la prison. Là je fus dépouillé de tous mes effets personnels (Cartes bancaires, montres, cellulaires, ceinturons, portefeuille, chaussures etc.) Ces effets, contrairement aux règles de l’Administration Pénitentiaire, ont été purement et simplement confisqués par Léon Charles, lesquels ne m’ont jamais été retournés. Les premières formalités terminées, je suis incarcéré au Pénitencier ce 6 avril 2004 autour de 4 heures du matin. En réponse à ma requête formelle pour qu’une copie du mandat décerné contre moi, me soit remise, tel que requis par la Constitution, j’ai eu plus tôt droit à une proposition et une promesse du Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique.

« Si vous me Communiquez les noms de vos Avocats, me dit-il, je me charge de les contacter pour qu’ils viennent, dès demain matin, vous assister ».

« Je demande aux responsables du Pénitencier de vous installer dans un endroit discret et sécuritaire et je m’arrangerai avec le Juge pour qu’il vienne vous entendre au Pénitencier pour vous éviter des spectacles gratuits ou des manifestations improvisées ».

Cette évacuation scabreuse d’une exigence constitutionnelle confirme, tout simplement, que Maitre Gousse n’avait effectivement aucun mandat contre moi, comme il le prétendait et que je n’étais l’objet d’aucune accusation et d’aucune plainte. Avant de laisser le Pénitencier National, gêné ou plutôt excité de son exploit, il s’est laissé jusqu'à me dire « Monsieur Privert, c’est pour votre sécurité que vous êtes arrêté ». Ce qui porte à croire que la prison est, pour les promoteurs du Nouveau Contrat Social, la meilleure formule ou l’endroit, pour  protéger et garantir la sécurité d’un haut fonctionnaire de l’Etat.  

En dépit d’une journée très mouvementée et d’une nuit sans sommeil, je me suis réveillé le lendemain du jour plutôt confiant que mon audition telle que promise par Me Gousse, sera réalisée le jour même et ma détention pour la cause évoquée ne sera qu’un mauvais souvenir. Après plus d’une semaine d’attente vaine,  mon Avocat a été le rencontrer à son bureau, pour s’enquérir du suivi de sa promesse. Il n’a pas nié, au contraire, il rappelle qu’il est un homme de parole et qu’il respectera la promesse faite à moi ce soir. Il va dans les heures qui suivent introduire la demande auprès du Juge d’instruction. Une nouvelle semaine s’est écoulée, la copie du mandat ne m’a pas été remise et aucun juge n’est venu statuer sur la légalité de mon arrestation et incarcération. Alors, mon avocat lui adresse une correspondance formelle pour lui rappeler que ses engagements, envers moi, n’ont pas été suivis d’effet et que sous son autorité personnelle se trouvent violés mes droits constitutionnels, les plus légitimes.

Le ministre Gousse, par son mépris des dispositions de la Constitution du pays et son manque de maîtrise des rouages du système judiciaire, s’est attribué des compétences, qu’il n’avait pas et des responsabilités qu’il ne pouvait, non plus, honorer. A travers sa correspondance responsive, datée du 10 mai 2004, adressée à mon avocat, il reconnait qu’il n’a pas d’autorité pour formuler une pareille requête au juge qui seul, peut décider de venir m’entendre au pénitencier national ou me faire amener à son cabinet d’instruction à Saint Marc.

Cette réponse est caractéristique du personnage de Bernard Gousse. C’est un déni de la parole donnée. Propulsé à la tête du Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, monsieur Gousse est surtout motivé par la haine qui anime son cœur et son penchant pour les violations des droits et libertés de ceux qu’il perçoit comme ses ennemis politiques. La mise en œuvre de la mission sacramentelle dudit ministère visant à protéger, servir et garantir une justice saine et impartiale à tous ceux qui vivent dans ce pays était loin d’être un objectif pour lui.

Détention prolongée. Le 5 mai 2004, j’ai complété un mois entier de détention. Aucune démarche n’avait été entreprise, par qui que ce soit, pour me faire comparaitre devant mon juge naturel, en dépit des criantes irrégularités entourant mon arrestation-séquestration. Face à ce cas flagrant de violation de mes droits et libertés, garanties par la Constitution de mon pays, j’ai, à travers mon avocat, adressé une correspondance, au juge Cluny Pierre Jules, en charge de ce dossier pour souligner ce fait  à son attention. Ledit magistrat instructeur n’a pas fait cas de ma correspondance qui est restée sans réponse. Le silence des autorités judiciaires, par rapport à mes démarches légitimes, m’a convaincu, une fois de plus,  que mon arrestation n’avait rien de juridique et que les autorités judiciaires de St Marc n’étaient que  des instruments dociles de persécution politique entre les mains de l’Exécutif et de ses supporteurs.

Ainsi, à la fin du mois de juin 2004, après plus de trois mois d’incarcération arbitraire, illégale, inconstitutionnelle et injustifiée, j’ai, à travers mon avocat, introduit,  par devant la Cour de Cassation, la plus Haute instance judiciaire du pays une demande en récusation de la juridiction de Saint Marc, pour cause de suspicion légitime. Cette juridiction, oublieuse de la sagesse profonde de son rôle républicain et de son indépendance suprême par rapport aux autres pouvoirs, a jeté aux oubliettes ce recours, alors qu’un citoyen, grand commis de l’Etat est, injustement, privé de ses droits et libertés, voilà déjà plus de huit (8) longs mois.

J’ai complété, du 6 avril 2004 au 21 avril 2005, plus de 12 mois d’incarcération au Penitencier National, sans avoir jamais été auditionné par un juge sur les motifs de mon arrestation, pour être entendu ou informé des faits qui me sont reprochés et des charges retenues contre moi.

Persécutions politiques sous forme d’offensives politiques, juridiques et tentatives d’assassinat.

Le prétendu massacre de la Scierie à Saint Marc, ayant servi de prétexte  à mon incarcération, était loin d’être mes seules sources de déboires, dans la sphère judiciaire, avec ces autorités de facto. Ces dernières savaient qu’il leur serait très difficile de prouver une quelconque implication de ma personne dans une intervention policière ou politique à Saint Marc voire établir ma participation à une tuerie de masse laquelle n’a jamais eu lieu. Il leur faut, à tout prix, trouver d’autres motifs ou prétextes pour justifier mon arrestation et détention.

Offensives politiques. Des mercenaires, de toutes sortes et de tout acabit (Woodson Lemaire allias Labanyè, Sonia Noncent, Luc Ouanche, Charlienor Thompson, etc.) sont recrutés pour débiter, à mon encontre, des accusations farfelues, à travers les émissions libre-tribune. Des déclarations savamment préparées sont, soit, mises dans leur bouche, soit, enregistrées sur des cassettes audio et transmises aux médias proches du pouvoir pour diffusion dans les émissions de grande écoute. L’objectif est de détruire l’image d’honnête citoyen que je me suis créé et me faire passer pour un vulgaire criminel.

Offensives judiciaires. Les plaintes et les cas d’assignation ou de comparution au Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince tant en ses attributions civiles que pénales se multiplient. A mon très grand étonnement, je me suis vu accusé de complicité d’agression sur la personne de Pierre Marie Paquiot, Recteur de l’Université d’Etat d’Haïti, d’association de malfaiteurs, de voies de fait suivies de blessures, de destruction et d’incendie de biens meubles appartenant à l’Etat. J’ai été, en effet, conduit, devant un juge d’instruction de ce ressort pour répondre de ces accusations, suite à une lettre de plaintes des étudiants de la faculté d’ethnologie, de l’Institut Français, de la faculté de droit et des sciences économiques en date du 10 octobre 2003. Finalement le 6 avril 2006, une ordonnance signée du Juge Mimerose A. Janvier, de cette juridiction m’a renvoyé hors des liens de l’inculpation pour absence de charges et d’indices suffisants.

Une autre plainte, émanant d’un certain Nissage Sicard, se disant avocat et gardien de fait et de droit d’un mineur du nom de Dieucy Joseph âgé de 15 ans, m’a été signifiée. Elle fait référence à une demande de passeport déposée à la Direction de l’Immigration et de l’Emigration par Celanie Joseph mère de cet enfant. Les responsables de cette Direction, ayant jugé, par leur analyse, que les documents soumis étaient entachés d’irrégularités ou même frauduleux, n’ont pas délivré le passeport. Monsieur Sicard, à travers cette plainte, non seulement, m’accuse de méchanceté, d’abus de pouvoir, de mauvaise foi, de cynisme et de  violation des droits de sa cliente, mais encore, réclame le versement de cinquante millions (50, 000,000.00) de gourdes à titre de dommages et intérêts au profit des requérants pour les préjudices subis.

Tentatives d’assassinat.  « J’ai failli y laisser ma peau… »

Le 19 février 2005, aux environs de trois (3 :30) heures de l’après-midi, une violente attaque armée a été dirigée contre le Pénitencier National, principal centre carcéral du pays où je suis, depuis presqu’une année, détenu. La durée et la puissance de frappe de ladite attaque laisse croire qu’elle a été savamment planifiée, préparée  et dirigée de l’extérieur. Comme il fallait s’y attendre, il s’en est suivi une évasion massive de détenus.

Le Premier Ministre Neptune et moi-même, en dépit de nos refus, avions été forcés de laisser nos cellules. Arnel Belizaire, notoirement connu comme un assaillant et proche du pouvoir, incarcéré lui aussi et pour d’autres motifs, est devenu notre sauveur de circonstance. Loin d’exécuter l’ordre de nous abattre à l’intérieur de nos cellules, qu’il dit avoir reçu, il s’est montré, plus préoccupé, à nous mettre en lieu sûr. Ce qu’il a effectivement fait. Nous lui devons, peut-être, la vie. La nouvelle, comme une trainée de poudre est répandue dans le pays et fait la grande manchette des principales salles de nouvelles. Cette attaque, pour les tenants du Pouvoir,  est l’œuvre des chimères et « rat pa kaka Lavalas » pour libérer les prisonniers Jocelerme Privert et Yvon Neptune.

Des minutes durant, nous nous sommes retrouvés à balader à travers les principales rues de Port-au-Prince, à bord d’un véhicule ordinaire, saisi d’un chauffeur de taxi et piloté par Bélisaire lui-même. Nous avons croisé sur notre parcours des patrouilles de diverses unités de la Police Nationale. Nous étions à la merci de n’importe quel commando. Les risques pour notre sécurité et intégrité physiques étaient énormes. Finalement, Hans Allen Théophilé, détenu lui aussi pour le meurtre de Didier Mortet, un ressortissant français, propose qu’on se rende à son domicile à Debussy. Sa résidence, en effet, offrait une certaine garantie de sécurité, par la présence visible de l’emblème du Chili que son statut de Consul honoraire de ce pays lui permettait d’arborer bien en évidence. Peu de temps après sa libération, HAT s’est malheureusement suicidé. Paix à son âme.

Une fois à l’abri de représailles et lynchages que préparaient, contre nous, les tenants du Pouvoir, le Premier Ministre, à la grande déception de son protecteur improvisé, d’un ton ferme et déterminé, déclare : « Arnel, je vous remercie de votre protection et de votre assistance, vous savez que le Ministre Privert et moi, nous n’avons pas le droit de nous évader, il me faut, en urgence, un téléphone pour alerter la communauté internationale et retourner immédiatement au Pénitencier National ». Un téléphone a été effectivement rendu disponible et la première personne à avoir été contactée fut l’Ambassadeur du Chili, Monsieur Marcel Young, qui a communiqué à Neptune les coordonnées du chef de la MINUSTHA d’alors, Monsieur Juan Gabriel Valdes.

Monsieur l’Ambassadeur Valdes, annonce l’ancien Premier Ministre, « il vient d’avoir une attaque armée contre le Pénitencier national, je suis avec le Ministre Privert dans les rues, il nous faut immédiatement retourner dans nos cellules ». Moins de 30 minutes plus tard, à la grande déception des autorités de facto d’Haïti qui voulaient nous imputer la responsabilité de l’évasion, un contingent de l’armée brésilienne a pris le contrôle du lieu où nous nous sommes refugiés. Ce contingent militaire a été suivi d’une délégation d’autorités civiles internationales dirigée par le Représentant du PNUD, Monsieur Adama Guindo, pour discuter et négocier notre retour en prison. Ladite délégation, sur demande d’Hérard Abraham, Premier Ministre de facto ai, prétextant les conditions de sécurité au Pénitencier national, la mise à sac de nos cellules, les risques de nouvelles attaques, nous a fait plusieurs propositions, telles, nous installer à la prison civile de Pétion-Ville ou encore au siège de la UNPOL à l’Hôtel Villa Saint Louis etc.

Ces propositions ont été, systématiquement, rejetées. Le pénitencier national a été notre demeure pendant déjà douze mois. Il doit la rester. On n’accepte pas cette relocation que rien ne justifie. Il s’agissait de toute évidence d’une machination de nature à accréditer la thèse des autorités haïtiennes, d’évasion planifiée par les « chimères lavalas » pour libérer Neptune et Privert.

Apres plusieurs heures de palabres et de négociations, les autorités n’avaient plus de choix. Elles devraient nous reconduire dans nos cellules au Pénitencier national. Il est, entre temps, onze (11) heures du soir. Le cortège laisse le domicile de HAT avec trois détenus à bord. Notre réinstallation au Pénitencier n’a pas été automatique. La procédure d’hébergement va encore durer encore quelques bonnes heures. La tentation de nous imputer la responsabilité et de nous faire payer les conséquences de l’évasion, n’a pas disparu.

Finalement à une (1) heure du matin, nous avons a été autorisés à entrer au centre carcéral, pour constater que nous avions été déménagés de nos anciennes cellules, plutôt individuelles, pour être confinés, avec notre compagnon d’infortune (HAT),  tous les trois dans une même cellule.  

Dès les premières heures, le lendemain du jour, nous avons tout de suite compris que bien des choses avaient changé. Les contacts avec l’extérieur étaient presque supprimés, les visites des membres de nos familles sont désormais assorties de lourdes restrictions, les déclarations mensongères et méchantes des autorités étaient appuyées sur place par des invectives, menaces ou arrogances de certains agents pénitentiaires. J’ai dû à la date du 24 février 2005, à publier une note de presse, pour démentir et dénoncer les allégations mensongères véhiculées par le pouvoir de fait pour continuer à violer, de la façon la plus ignoble,  mes droits et libertés.

En réaction, à cette nouvelle réalité qui nous était imposée, nous avons décidé d’observer une grève de faim totale jusqu'à notre retour à la situation d’avant l’évasion. Vu la dégradation de notre état de santé, suite aux conséquences de la grève, et sur les recommandations de la Section des droits de l’homme de la MINUSTHA et des représentants de  la Croix Rouge Internationale, les autorités de facto ont dû accepter notre transfert sous la  surveillance d’agents pénitentiaires, dans des centres hospitaliers pour recevoir les soins que nous nécessitions. Apres un long séjour à l’hôpital, sur recommandation expresse des membres de la communauté internationale, les autorités de facto ont été contraintes de nous héberger ailleurs.

 

 

Les dessous de l’affaire de la scierie.

Au cours des premiers moments de mon arrestation, j’étais assez naïf de croire que cette scène grotesque n’allait durer que l’espace de quelques heures. Un ministre de la justice, jouant le rôle d’agent de police, procédant en personne à l’arrestation d’un ancien Ministre, c’est causasse. Le premier juge qui aura à m’interroger ne pourra que constater l’illégalité de l’arrestation et l’inexistence de l’accusation. Ma détention, n’en déplaise aux fabulateurs de tous genres, ne devait excéder les 48 heures indiquées par la Constitution.

En effet, j’étais très loin de comprendre les vrais motifs de mon arrestation. Ce n’était pas une question de justice. Les tombeurs d’Aristide avaient besoin de motifs pour justifier aux yeux du « monde libre et démocratique » (Congrès américain particulièrement le Black Caucus, l’OEA et la CARICOM) l’utilisation des bandits armés (militaires démobilisés, civils armés, trafiquants de drogue) pour renverser un Président démocratiquement élu et jouissant d’une indiscutable légitimité populaire. Il leur fallait des actions d’éclat pour faire croire que le Régime Lavalas, au plus haut niveau, était surtout constitué de trafiquants de drogue, de kidnappeurs et d’assassins. Mon arrestation suivie quelques mois plus tard par celle du Premier Ministre Yvon Neptune, participe, donc, de cette volonté de justification de leur démarche « démocraticide ». J’étais donc, de par ma position de Ministre de l’Intérieur, le parfait bouc émissaire.

Le Gouvernement français. L’ambassade de France qui s’est, prétendument, portée à mon secours, a planifié ma rencontre avec Gousse, assisté à toutes les phases de mon arrestation et m’a transporté jusqu’aux portes du Pénitencier National. Personne n’est dupe quant au rôle joué par ce pays « dit ami d’Haïti » dans ce complot ayant abouti au renversement du Président Aristide et dont l’objectif principal n’était autre que le sabotage des festivités commémoratives du bicentenaire de l’indépendance nationale. Quelques années, plus tard, je discutais de cette question avec un diplomate français. Il pouvait seulement, selon les explications reçues de ses prédécesseurs, caricaturer leur intervention en se référant à l’histoire d’un chat et d’une petite souris. « Le chat s’apprêterait à foncer sur la souris pour la dévorer. Une vache qui passait dans les environs, contre toute attente, laisse tomber ses excréments qui recouvrent le petit animal, empêchant donc au chat de déguster  sa proie ». Chaque acteur, conclut-il,  est libre de juger et de dire lequel de ces deux animaux, par leur attitude, s’est montré plus sensible au sort de la petite souris.

Le Gouvernement canadien. Il faut renverser Aristide. Et ce n’est pas l’opposition haïtienne qui le réclame, mais une coalition de pays rassemblés a l’initiative du Canada. Telle a été en substance les conclusions de la rencontre tenue sur les bords du Lac Meech, dans le Parc de Gatineau par Denis Paradis, secrétaire d’Etat du Canada pour l’Amérique latine, l’Afrique et la Francophonie, avec les représentants des pays invités à participer à ce qu’il appelle « Initiative d’Ottawa sur Haïti. L’hostilité du Gouvernement canadien envers celui d’Aristide était manifeste et nombre de ses dirigeants (Ministres, Députés etc.) ont eu, à travers leurs prises de position publique, à faire le plaidoyer pour la mise sous tutelle d’Haïti, par les Nations Unies.  

Le Président Aristide, tel que les autorités canadiennes l’avaient annoncé, a été effectivement renversé mais un petit peu plus tard qu’avant le premier janvier 2004, initialement programmé. Les Forces Armées canadiennes, bien évidemment, étaient présentes au sein de la Force Multinationale Intérimaire, arrivée au pays, dans les tous les premiers jours du départ d’Aristide, suite à la résolution 1529 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée le 29 février 2004. Ladite force, constituée de contingents militaires venus de trois autres pays (Etats Unis d’Amérique, France, Chili), a pris le contrôle sécuritaire du pays jusqu’au déploiement en juin 2004 de celle de maintien de la paix autorisée par la résolution 1542 du 30 avril 2004.

Les autorités canadiennes avaient déjà annoncé les couleurs, à travers cette déclaration grossière et outrageante de Denis Paradis « Si les autorités canadiennes traitaient leurs animaux comme les autorités haïtiennes traitent les citoyens, on les mettraient en prison ». Le génocide de la Scierie est cette monstruosité créée, de toute pièce, par les autorités issues de ce coup d’Etat contre la démocratie avec l’appui de celles du Canada, pour justifier cette campagne de persécution politique dirigée contre les membres du gouvernement d’Aristide et les partisans de Fanmi Lavalas. Le National Coalition for Haitian Right (NCHR), a été retenu pour être bras exécutant de cette basse œuvre. Rien d’étonnant que le montage qu’elle a élaboré ait été financé, par l’Agence Canadienne pour le Développement International (ACDI).

Cette prétendue organisation de défense des droits de l’Homme s’est évertuée, avec beaucoup de cynisme, à transformer le Rassemblement des Militants Conséquents de Saint Marc (RAMIKOS), notoirement connus comme une association de criminels et de bandits en Association des Victimes du Génocide de la Scierie (AVIGES). Les fonds reçus de l’ACDI ont servi à doter cette nouvelle association (AVIGES), plaignante dans cette affaire de la personnalité juridique, à réaliser une campagne agressive de lynchage médiatique des personnes incriminées et verser de très substantiels honoraires aux nombreux avocats engagés par le NCHR pour assister les prétendues victimes.

Les Etats Unis d’Amérique.

Le comportement des Etats Unis dans cette crise et dans cette saga la Scierie a été plutôt mitigé. Le Gouvernement comme l’opposition avait leur support au niveau des plus hautes sphères de la République étoilée.  Chaque groupe activait leur firme de lobbyiste pour promouvoir leur image. Le Gouvernement des Etats Unis d’Amérique, avec un Républicain à sa tête, peut bien avoir d’autres raisons de ne pas supporter voire aider à réussir une Présidence d’Aristide mais ne saurait entreprendre aucune action publique visant le sabotage de la célébration du Bicentenaire de l’Indépendance d’Haïti. Les raisons sont évidentes.

Le détachement de la colonie de Saint-Domingue du joug de la France, devenue par sa proclamation du 1er janvier 1804, la première République noire indépendante du monde, est intervenu à seulement vingt-huit années de celle des Etats-Unis d’Amérique. Les deux pays ont un destin commun.

C’est la terre d’accueil, par excellence, des compatriotes haïtiens. Ils sont des centaines de milliers à vivre dans ce pays et à faire vivre, par leur transfert, leurs proches restés en Haïti. La polarisation politique sur le plan local se reproduit aussi dans ce pays.

L’Amérique qu’on l’aime ou on ne l’aime pas est le champion de la démocratie et le modèle parfait du principe de la séparation des pouvoirs.

L’opposition sur le plan local était supportée publiquement par le parti républicain à travers l’International Republican Institute (IRI).  C’est à l’initiative de cette institution que cinquante leaders de la Convergence démocratique se sont rendus en République dominicaine où s’étaient réfugiés Guy Philippe et sa bande au lendemain même de l’attaque armée contre le Palais National,  résidence officielle du Chef de l’Etat. Simple coïncidence, dirait-on. Ils y ont été pour faire quoi et rencontrer qui.

Le Gouvernement, pour sa part, jouissait du support et de la sympathie de nombre de membres influents du Congrès américains. On a encore en mémoire, l’image de l’Ambassadeur américain accrédité en Haïti et celle du sous-secrétaire d’Etat pour l’hémisphère, témoignant et expliquant avec difficultés des interventions et actions de l’IRI,  représenté en Haïti par l’activiste Stanley Lucas, dans la déstabilisation du pouvoir.

Dans le cadre de l’affaire de la scierie, à part la présence des soldats américains montant la garde au Pénitencier dans les tous premiers jours de mon arrestation, on n’a pas trop senti l’implication des officiels américains dans la gestion de ce dossier. Bien au contraire, ils étaient les seuls, à un autre niveau, à exprimer une certaine préoccupation par rapport à la prolongation injustifiée de notre détention et à maintenir un contact étroit avec nous. C’est dans cette logique qu’il faut considérer les quelques visites ponctuelles de l’ambassadeur Foley et d’autres membres de l’Ambassade au Premier Ministre Neptune.

Le 12 novembre 2004, Madame Maxime Waters, membre du congrès américain, adressait une correspondance au Président des Etats-Unis d’Amérique. Elle exprimait, à travers cette correspondance, dont une copie a été transmise au Secrétaire d’Etat, au Secrétaire à la Défense et au Conseiller à la Sécurité National, ses plus graves préoccupations par rapports aux dangers auxquels le Premier Ministre et moi-même étions exposés. Bien plus, elle a dirigé, à la date du 7 mars 2005, une imposante délégation venue nous visiter et s’entretenir avec nous au Pénitencier National

Le lundi 7 mars 2005, une imposante délégation, constituée de personnalités politiques, de militants et activistes des droits de l’homme et de membres du Congrès et du Sénat, est rentrée des Etats-Unis d’Amérique pour exprimer leur solidarité aux prisonniers politiques et exiger leur libération, sans condition.

La construction de mon implication dans cette fabulation. Je suis maintenant détenu comme complice, commanditaire et même auteur intellectuel d’une tuerie de masse à Saint Marc. J’ai l’intime conviction n’avoir participé à aucune réunion concernant une quelconque opération et encore moins d’avoir eu à me rendre dans cette ville pour une mission de ce genre. D’ailleurs, comment puis-je être impliqué, voire dénoncé par la clameur publique, dans un événement auquel je n’ai eu aucune connaissance de sa survivance voire même une participation directe ou indirecte. La seule visite, que j’ai eue à réaliser à Saint Marc, date de 2003. Elle rentrait dans l’exercice de mes fonctions de Président du Secrétariat Permanent de Gestion des Risques et des désastres et faisait suite à de graves inondations dans cette ville ayant provoqué d’importants dégâts humains et matériels.  

Dans une perspective de préparation de ma défense, je me suis mis à rechercher une déclaration que j’aurais faite, une action que j’aurais posée ou une négligence de ma part qui aurait provoqué la mort de tant de personnes. Je me suis mis alors à relire les différents tirages du quotidien, Le Nouvelliste, publiés au cours du mois de février 2004 et à réécouter certaines déclarations véhiculées dans les medias locaux pendant cette même période. Les déclarations des principaux acteurs, insérées dans certains articles du quotidien de la rue du Centre offrent une meilleure compréhension de ce qui s’était réellement passée à Saint Marc.

La visite du Premier Ministre Neptune à Saint Marc. Les organes de presse relatent des visites qu’avait effectuées le Premier Ministre Yvon Neptune, dans la journée du 9 Février 2004 dans deux Villes proches de la Capitale ou des commissariats de police ont été incendiés (Grand Goâve et St Marc). Le Premier Ministre n’avait aucune obligation, ni de m’en informer, ni de me demander de l’accompagner dans ces tournées. Je dirais que c’est même de sa responsabilité, en sa qualité de chef du Gouvernement et de Président du CSPN, de se rendre dans ces villes, ne serait –ce que pour manifester sa solidarité d’abord avec les Policiers victimes voire prendre des dispositions pour rétablir l’ordre dans la cité.

Association des Victimes du Génocide de la Scierie (AVIGES). Le nouveau pouvoir, sans légitimité populaire et constitutionnelle, est dans l’urgent besoin de créer un événement majeur, un grand scandale voire un crime crapuleux pour se justifier. Il leur faut aussi trouver des volontaires, acceptant de jouer le rôle de victimes, pour  porter plainte et accuser les membres du Gouvernemen