Le peuple haïtien, en cette journée solennelle du 1er janvier 2024 se rassemble célébrer les 220 ans de la proclamation de l’indépendance de notre pays. En cette occasion mémorable nos pensées se tournent avec respect et reconnaissance envers nos ancêtres qui ont versé leur sang et sacrifié leur vie pour briser les chaînes de l’esclavage, nous léguant en héritage cette terre que nous appelons notre patrie. Notre pays, aujourd’hui, est à la croisée des chemins. La persistance de cette crise politique délétère, mettant à l’épreuve la résilience de notre nation, exige une réflexion profonde et un engagement renouvelé envers les idéaux d’unité, de liberté et de prospérité que les héros de l’indépendance ont a si ardemment défendus et poursuivis.
Un sombre tableau
La situation est préoccupante et nous interpelle tous. Les principales victimes de cette dégradation des conditions de vies au niveau politique, économique, social, environnemental et sécuritaire, sont nos compatriotes, nos vaillants sœurs et frères, vivant dans les quartiers populaires de la capitale et ceux de nos villes de province. L’ancien Président de la République, Son Excellence Monsieur Jocelerme Privert, fidèle à sa conviction et son élan patriotique avéré, une fois encore, élève sa voie et exhorte les uns et les autres à un sursaut patriotique pour sortir le pays de ce chaos. Il les exhorte à s’engager dans la recherche de la paix, de la sécurité et de la stabilité pour redonner espoir à la jeunesse et à nos concitoyens et concitoyennes en général. L’heure est grave. Le tableau est pour le moins sombre. L’urgence d’une entente patriotique entre les principaux protagonistes politiques et le Gouvernement de la République ne peut plus attendre. L’unité a permis à nos ancêtres de briser les chaines et nous donner ce pays en héritage. Il nous faut retrouver cette même unité pour sortir de cette impasse et attaquer les vrais défis qui nous attendent.
En effet, durant ces dernières semaines, l’opinion publique nationale est agitée par un ensemble d’évènements lesquels nous exigent, Haïtiens et Haïtiennes, à nous entendre et à parler d’une seule voix en vue d’une réponse appropriée. Il s’agit, entre autres de :
L’actuel contentieux entre les deux Républiques sœurs partageant l’Ile. La récente décision des populations du Nord-est de réclamer leurs droits légitimes d’utiliser les ressources hydriques de la rivière Massacre, ont provoqué des réactions inattendues et disproportionnées des autorités dominicaines. Il est indéniable que les deux peuples puissent profiter de cette ressource, traversant leurs territoires respectifs, pour le développement de la production agricole de la région.
Les prises de positions publiques des autorités gouvernementales à la 78ème Assemblée Générale des Nations-Unies et à la réunion, tenue à cet effet, par le Conseil permanent de l’Organisation des Etats Américains (OEA) de même que les efforts des populations du Nord-Est doivent être encouragés et appuyés par tout patriote, motivé par le souci du bien-être collectif, peu importe son appartenance politique. Les déclarations intempestives, tonitruantes, agressives, diffamatoires et même hypocrites de certains acteurs politiques, sont loin d’être le canal idéal pour exprimer une quelconque solidarité avec la vaillante population de Ouanaminthe, défendre ce qui est légitime et encore plus forcer la diplomatie à agir selon les règles du jeu. Il revient à l’Etat haïtien, dans son expression de souveraineté, d’assumer sa pleine et entière responsabilité dans la gestion de ce dossier au plus haut sommet et dans l’intérêt national.
L’ancien Président Jocelerme Privert, de son statut de citoyen libre, a fait le constat d’une vaste campagne de dénigrements et de manipulations de l’opinion publique par certains acteurs à la recherche de visibilité politique. Pour couper court à cette exploitation abusive et éhontée des nobles intentions de la population de Ouanaminthe, il encourage les deux gouvernements à s’engager sur la voie du dialogue, de la concertation et du compromis, en vue d’une résolution convenable de ce contentieux inutile et injustifiable. Les Gouvernements passent et partent avec leurs projets et leurs rêves. Par contre, les peuples haïtiens et dominicains sont condamnés à vivre ensemble et pacifiquement sur cette terre qu’ils partagent en commun.
La résolution du Conseil de Sécurité relative à la Mission Multinationale d’Assistance à la Sécurité
Le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies a récemment approuvé une résolution autorisant le déploiement en Haïti d’une Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité pour Haïti. Cette mission, placée sous le leadership du Kenya, n’est pas appréciée par tous les acteurs avec le même intérêt. Les réticences des uns et autres, quant à l’arrivée, sur notre sol et en moins de trente ans, de nouvelles forces militaires internationales et pour les mêmes causes et motifs, sont plus que légitimes. Il reste néanmoins indéniable que les forces nationales de sécurité, en dépit de la bonne volonté de leurs membres et des efforts du Gouvernement pour les doter de matériels et équipements nécessaires, sont incapables à elles- seules de mettre un terme à la terreur des gangs armés. Le peuple haïtien paie déjà un assez lourd tribut pour cette insécurité galopante et généralisée. Leur quotidien est fait de meurtres en cascade, d’enlèvements et de séquestrations contre rançons, de vols, de pillages, d’incendies des biens de paisibles citoyens et de milliers de réfugiés et déplacés internes. Nous ne devons plus continuer, à nous complaire dans cette forme de nationalisme de façade, à refuser une assistance étrangère en la matière.
L’organisation des elections
L’urgence de l’organisation des élections générales, non seulement, pour mettre un terme à cette transition qui donne l’impression de s’installer dans le temps, mais encore, pour le retour à la stabilité politique indispensable au progrès économique et social du pays. Les dernières élections, tenues dans le pays, datent de 2016. Les droits du peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants à travers un processus électoral régulier, tel qu’il l’a affirmé et exprimé à travers le vote par voie référendaire de la Constitution de 1987, ont été systématiquement violés au cours des treize dernières années. Les différentes crises politiques que le pays a connues au cours des vingt-quatre (24) dernières années, ont été toutes des crises électorales. C’est à bien des égards le résultat du non-respect par les autorités élues des principaux échéanciers électoraux pour le renouvellement du personnel politique. Les gouvernements, qui se sont succédé à la tête du pays, de 2011 à 2023, n’ont organisé qu’une compétition électorale (2015-2016) sur les sept prévues pour la même période, selon les échéanciers électoraux établis par la loi- mère.
Toute élection tenue, sous l’empire de la Constitution en vigueur produira les mêmes crises que celles que nous connaissons aujourd’hui ! Un Etat démocratique, sans un seul élu, voilà bientôt deux ans, quel paradoxe ! La révision ou la réforme de la Constitution, ne serait-ce que pour harmoniser la durée des mandats des élus et le temps constitutionnel, s’impose avant même la tenue de toutes nouvelles élections.
Les perspectives
L’année 2023 qui s’en est allée a été le théâtre de bon nombre d’événements douloureux et d’inquiétudes de toutes sortes. Elle a été pour nous tous, marquée par la désolation, la violence, l’insécurité, la terreur des gangs armés, le kidnapping, des viols et assassinats en série, et la détérioration accélérée des conditions matérielles d’existence de nos concitoyens et concitoyennes. Cependant, en dépit de nos atermoiements et de la déchirure du tissu social, le Peuple haïtien, avec son courage et sa résilience inépuisables, n’a cessé de croire au rêve de bonheur tel qu’il a été proclamé par la Constitution de 1987, notre loi mère.
Cette situation nous interpelle et nous commande, en droite ligne à notre ferme combat et engagement inébranlable, de nous atteler à faire de cette aspiration légitime une réalité matérialisée par la fin de cette violence, la réduction des inégalités sociales et économiques et cette instabilité politique qui entretiennent cette pauvreté endémique et ruinent toute démarche pour un lendemain meilleur dans notre pays.
En ma qualité de citoyen responsable, engagé et conscient de la dure réalité de mon pays, je formule à vous tous mes chers compatriotes d’ici et d’ailleurs, des vœux d’une Haïti transformée où la démocratie, la stabilité, la solidarité, la prospérité et la compétitivité soient le mobile de toutes nos actions et décisions. Je m’en voudrais de ne pas vous souhaiter, en cette occasion, mes chers compatriotes, mes meilleurs voeux de Joyeux Noël et d’une bonne année 2024, plus clémente et porteuse d’équité, de santé, d’amour, de patriotisme et d’un mode de vie saine et acceptable pour tous
En cette journée commémorative, rappelons-nous, non seulement, du sacrifice de l’Empereur, mais aussi de la responsabilité qui nous incombe en tant qu’héritiers de cette nation, forgée au prix du sang. Unis dans la mémoire de notre fondateur, œuvrons ensemble pour la transformation de notre Haïti en un Etat démocratique, stable, solidaire, prospère et compétitif pour le bien-être des générations présentes et futures.
Que les esprits lucides comprennent et prennent note !
Jocelerme PRIVERT
57ème Président de la République d’Haïti
Port-au-Prince, le 16 octobre 2023