La force d’une organisation ou d’une institution se caractérise par sa capacité à défier le temps, fidéliser ses adhérents et imposer, sur le terrain, son utilité sociale. Le protestantisme qui célèbre aujourd’hui, ses deux cents ans de présence en Haïti, a de justes raisons de s’enorgueillir. Il n’est un seul espace du territoire national où cette confession religieuse ne soit présente, non seulement pour la propagation de la foi chrétienne, mais aussi pour l’éducation de la jeunesse. C’est en témoignage de l’importance, pour le pays, de cette institution que je reproduise aujourd’hui le geste posé à son égard par le Président Alexandre Pétion, le 18 août 1816.
Je suis heureux, comme l’avait fait, il y a deux cents ans le Président Alexandre Pétion, de vous accueillir dans cette enceinte, d’abord comme frères et sœurs d’une même foi et aussi comme Président de la République. L’accueil, l’hospitalité sont essentielles à la vie sociale et correspondent dans la tradition biblique à la figure d’Abraham qui accueille avec empressement des visiteurs qui se révèleront être des messagers de Dieu. A vous messagers de Dieu, je vous souhaite la plus cordiale bienvenue au Palais National.
Je sais aussi qu’il plane aussi ce climat de suspicion récurrent quand il est question de religion dans l’espace public. Toutefois, il me semble utile de rappeler que les Églises, si elles n’ont pas les moyens de gouverner, ont de très bonnes idées sur la société. Ce n’est plus simplement un privilège que de vous rencontrer mais plutôt une grâce d’être parmi vous car Dieu nous a bien révélé que « lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, Il est en effet parmi eux ».
Ce fut un 18 août 1816 que le protestantisme fit ses premiers pas en Haïti. Il fut marqué par une naissance difficile, dans une période de grands conflits avec la scission de l’Ouest et du Sud. Le président Alexandre Pétion dans l’Ouest, aux côtés de 200 officiers et collaborateurs et 600 soldats, eut à accueillir favorablement les missionnaires Étienne de Grêle du mobilier et John Hancock qui bénéficièrent de l’autorisation de s’installer au pays, de prêcher l’évangile, d’œuvrer dans le domaine de l’éducation et de ne pas se mêler de politique. Le protestantisme avait donc fait ses premiers pas alors que le pays cherchait encore sa voie et sa stabilité.
Depuis, nous avons compris qu’une seule chose rapprochait tous les chrétiens de quelque dénomination qu’ils se réclament, « leur croyance en Christ ». Cette certitude explique aussi l’amour qu’ils inspirent autour d’eux. Par-delà leur richesse spirituelle qu’on peut leur envier, ou leur droiture qu’on méprise, il y a quelque chose d’autrement profond : leur fidélité à une vocation.
Aujourd’hui, 18 août 2016, que le protestantisme ait survécu deux cents ans en Haïti, 1816-2016, ceci représente à priori un succès indéniable. Le travail que vous aviez réalisé touche à des réalités fortes. Le secteur contribue au fondement moral de la société, au progrès spirituel des citoyens, au progrès social et à la paix sociale.
En effet, le protestantisme a été très actif. Vous aviez entrepris un immense travail en faveur de l’instruction obligatoire. Quarante pour cent (40%) des écoles primaires et secondaires et vingt-cinq pour cent (25%) des universités du pays sont des institutions créées par le secteur protestant. Nous saluons le travail que vous, églises et leaders d’églises, aviez réalisé mais aussi celui des missionnaires qui vous accompagnent. Sans entrer aujourd'hui dans ce débat, j’exprime ici le vœu que le secteur protestant ne soit plus traité en fils de parent pauvre. Durant mon mandat, l'État fera ce qui est nécessaire pour contribuer au développement du secteur.
Je ne puis passer sur les mots sans éprouver un sentiment de respect devant votre acte de foi, en faisant du Christ votre ultime libérateur. Vos croyances en sa parole et votre espérance en lui, ne sont jamais éteintes. Le salut de la patrie est attaché non seulement à votre espérance mais aussi à votre bonne conduite. Vous êtes les gardiens de principes qui font la gloire de la République, et qui assurent à chacun dans notre pays de vivre selon la droiture et sa conscience.
Derrière l’étonnante diversité de vos églises, des sectes et groupes, il y a une unité que j’oserais qualifier de spirituelle qui existe. Donc, il ne peut ni ne doit y avoir de différences entre vous gens de même lignée. Le secteur protestant doit nourrir le débat et la confrontation qui permettent à chaque citoyen, à chaque institution, à chaque groupe d’exprimer ses convictions dans le respect de celles des autres. Que l’union du secteur protestant soit sa force !
Vous protestants l’aviez affirmé à plusieurs reprises, que vous êtes attachés au respect des personnes et à la dignité humaine. Je suis à vos côtés, vous encourageant à garder le cap même en ce temps de crise dans notre pays. Nous avons besoin d’avoir le courage pour affronter les défis d’aujourd’hui. Et pour organiser des élections crédibles, honnêtes et démocratiques, nous avons tous besoin de foi et d’espérance. L’apôtre Paul ne nous a-t-il pas enseigné ces trois choses : la confiance, l’espérance et l’amour. Mais c’est l’amour dit-il qui est le plus grand.
Haïtiens, chrétiens, notre pays cherche toujours la voie de la paix et de la stabilité, aimons-nous les uns les autres. C’est le sens même de notre mission aujourd’hui, aimons notre pays et aimons la République.
Que Dieu vous garde ! Que Dieu garde Haïti!