Le premier grand événement national de mon mandat de Président de la République, est celui de la commémoration du 213ieme anniversaire de la création du Drapeau. Un moment historique, dans notre histoire de peuple, qui ne saurait ne pas retenir toute mon attention. La création de notre bicolore national ne se veut pas uniquement le symbole de l’unité entre les anciens et les nouveaux libres, elle est aussi le premier acte fondateur de cette nation nègre. C’est avec une légitime fierté, qu’en cette journée du 18 mai 2016, je me préparais à faire ce pèlerinage à la ville de l’Arcahaie, son sanctuaire que tant d’autres chefs d'État avant moi ont eu à faire. Le ton du message que j’ai prononcé en la circonstance, était ferme. J’ai choisi de l’introduire, pour la pleine compréhension de mes lecteurs, par un témoignage.
Les jours précédents cette journée historique, certaines villes du pays ont été le théâtre d’attaques meurtrières et d’actions criminelles par les éternels artisans du chaos et de l’anarchie. Ces derniers ont, dans la nuit du 14 au 15 mai 2016, pris d’assaut le Commissariat de police de la ville des Cayes et sur leur passage, ils ont semé le deuil et la désolation.
Des bandits armés, se disant acteurs politiques, ont au cours de cette même période rageusement secoué la Capitale. Des tirs d’armes lourdes, d’une violence et d’une agressivité déconcertante, sont dirigés contre certaines grandes installations bancaires, hôtelières et commerciales.
Les affrontements, entre gangs armés, sous l’obédience de ces mêmes bandits, ont provoqué un climat de peur et de terreur sur le tronçon de route reliant les villes de Cabaret et de l’Arcahaie. Ces actions criminelles, sous couvert de règlements de compte politique, participent d’une stratégie savamment concoctée, visant la perturbation des activités commémoratives du 213ieme anniversaire de la création du Drapeau.
Le Ministre des Affaires étrangères Me Pierrot Délienne, me fait part de ses préoccupations quant aux risques éventuels d’agression contre les différents cortèges des dignitaires invités à ladite célébration sur ce tronçon de route. Il me propose alors, comme alternative, de faire la location de deux hélicoptères pour le transport sur le site des événements des membres du corps diplomatiques.
Ma réponse a été ferme « Ministre, je refuse de faire droit à votre proposition, elle n’a pas mon aval ». J’entends à ce que les membres du corps diplomatiques, les ministres, Grands commis de l'État et tous autres invités à ce grand événement national, empruntent la principale artère conduisant à la Cité du Drapeau. Je ne serais pas digne de continuer à m’asseoir sur le fauteuil présidentiel et de me faire appeler chef de l'État, si je ne peux garantir la libre circulation et la sécurité des vies sur une distance de moins de cinquante kilomètres de la Capitale.
J’ai immédiatement, en ma qualité de chef de l'État, convoqué une rencontre du CSPN et j’ai exigé du haut commandement de la Police nationale d’Haïti (PNH), dirigée par le Commissaire divisionnaire Michel-Ange Gédéon, que des mesures soient prises pour établir un climat sécuritaire sur la route nationale numéro un (1) et notamment sur l’axe allant du carrefour, communément appelé carrefour trois mains au centre-ville de l’Arcahaie. Les différentes délégations attendues à la Cité du Drapeau, ont en effet toutes répondu à l’invitation et se sont rendues par la route. Les activités prévues pour cette journée historique, (Te Deum solennel, parades d’écoliers, discours du maire de la ville et du recteur de l’Université d'État d’Haïti, message du Président de la République, vins d’honneur, etc.) ont été exécutées. Il n’a été, à l’occasion, signalée aucun incident. La leçon à tirer est qu’à bord du navire, il y avait un capitaine, digne de ce nom, qui a assumé ses responsabilités.
MM
La commémoration de l’anniversaire du drapeau et de l’université nous réunit encore une fois cette année en cette cité du congrès fondateur qui vit nos Pères se tendre les mains, se donner l’accolade afin de partir à la conquête de l’indépendance nationale et de l’épanouissement de l’être haïtien. Cette célébration revêt une importance capitale, car empreinte d’un symbolisme particulier qui exalte ce sens originel de la réconciliation et de l’union nationale.
En effet, au cœur des batailles épiques, qui devaient culminer à l’inéluctable déclaration de l’indépendance haïtienne, la création de notre drapeau national est devenue l’étendard de la liberté de l’Esclave saint-Domingois. Elle constitue l’acte originel qui a consacré la cohésion définitive des lambeaux épars de l’Armée indigène et la construction de notre réalité commune en tant que nation.
Chaque année, la tradition de ce pèlerinage, aux sources de notre fierté de peuple et de notre identité propre nous ramène sur cette terre de l’Arcahaie d’où le président de la République s’adresse à la nation. Ceci n’est pas uniquement pour faire l’historique des hauts faits d’armes de notre passé ;
il s’agit d’un moment où le chef de l'État, en tant que garant de la bonne marche de la République commune, se doit d’apporter la parole vivifiante pour alimenter l’âme nationale, tout en exhortant les filles et les fils du pays à se hisser à la hauteur de ce passé glorieux.
En cette période de transition, je voudrais inscrire mon intervention au-delà de la tradition. J’implore de tous mes vœux que ce 18 mai 2016 marque le début d’une marche effective vers une vraie réappropriation de valeurs patriotiques et républicaines.
Nous avons assisté ces dernières années, à un certain délitement voire une banalisation de ces grandes dates de notre histoire de peuple.
Or, nous ne saurions minimiser, sous aucun prétexte, les hauts faits d’armes et les exploits de nos ancêtres. Ils ont combattu avec vaillance, espérance et détermination pour nous léguer cette terre.
Nous devrions aujourd’hui nous poser certaines questions :
Haïti, est-elle à sa place 213 ans après les luttes menées et les victoires acquises ?
Avons-nous toujours fait de notre mieux pour poursuivre l’idéal Dessalinien ?
Allons-nous continuer sur la pente dangereuse de la division et des querelles, sans montrer notre capacité à construire un projet-nation, fédérateur des talents, des bonnes volontés et des énergies dont nous disposons ?
Pendant encore combien d’années allons-nous continuer à nous laisser être catégorisés comme l’un des pays les plus pauvres de la planète et le seul PMA de l’Amérique ?
Pendant encore combien d’années allons-nous continuer à nous retrouver, parmi les dix états les plus corrompus de la planète ?
Combien de temps encore allons-nous accepter que le niveau de croissance de notre économie soit inférieur à celui de la population
Mesdames et Messieurs,
Le 18 mai n’est pas seulement la fête du Drapeau. C’est aussi celle de l’université. Et c’est loin d’être accessoire ! En effet, un pays vaut ce que vaut son capital humain. L’éducation de ses filles et de ses fils ainsi que leur niveau de qualification constituent des atouts indispensables pour affronter valablement les défis auxquels fait face la nation.
L’université a la noble mission de former, des générations et de développer chez la jeunesse le goût du savoir, la passion de l’excellence, le sens critique tout en cultivant des valeurs telles le respect et la tolérance.
Notre Université se doit d’être un terrain propice aux brassages et débats d’idées, à des échanges documentés et dûment étayés, à des discussions contradictoires, à des réflexions citoyennes, mais aussi au dialogue constructif. Pourtant, notre nation, en ce 213ième anniversaire de notre bicolore, fait face à de nombreuses menaces et l’Université, elle-même, connaît l’une de ses plus graves crises.
Konpatriyòt ayisyen ak ayisyièn, frè ak sè mwen yo,
Nou pa ka kontinye nan chire pit ankò, ki voye jete, chak jou pi lwen, lespwa nou tout poun wè peyi sa soti nan mizè, grangou, sou-develòpman, ensekirite ak chomaj. Mwen la pou yon ti tan tou kout, se vre, men mwen konsidere misyon pam nan tèt Leta kom yon opotinite pou nou fini ak kriz e enstabilite nan peyi a.
Sonje ke depi mwan novanm pou rive nan 5 fevriye, anpil kandida te fache, Pèp la te nan lari, kawotchou tap boule tribo babo, vyolans tap fèt tout kote, kite lakoz anpil nan manb KEP a te blije demisyone e eleksyon yo te oblije kanpe. Pou nou te soti peyi a nan kriz ke eleksyon
25 oktòb te lagel la, nan dat 5 fevrye 2016, nou te siyen yon akò pou te evite peyi-a rantre nan yon peryòd vid enstitityonèl ki ta pral menen nou nan yon kriz pi grav ankò.
Se konsa, nan lespri akò a mwen te komanse rankontre tout moun ki te gen yon wòl pou jwe nan menen lapè ak stabilite nan peyi a. Kandida, senatè, depite, sosyete sivil, pati politik, oganizasyon popilè, sektè religie, tout moun a la ronn badè. Sa te pèmet mwen jwen, apre yon tan ki pa twò long, yon premye minis ki fòme yon gouvelman konsensis epwi enstale yon KEP tou nèf pou nou te ka kontinye ak eleksyon yo, jan akò 5 fevriye-a te mandel.
Anpil eleksyon fèt deja nan peyi a. Anpil gate. Anpil menen plis chire pit. Kèk menen enstabilite ak dezòd. Jodi-a, nou pa vle et nou pa dwe repete men’n move eksperyans sa yo. Mwen ta renmen eleksyon ki pral fèt yo pèmèt nou vanse kom sa dwa sou chimen demokrasi. Mwen pran agajman pam, antan ke chef leta a.
Pèp ayisyen, mwen mande nou konprann sa kap pase a. Lè yon mounn chita lakay li, lap mande nou pou nou al fè dezòd, atake komisarya, touye polisye, destabilize peyi se kriminel yo ye. Nou kwe nan demokrasi, nou kwe nan respekte dwa moun, nou kwe nan la lwa. Men nou pap tolere oken anachis, asayan, bandi, kriminèl lage peyi a nan latwoublay. Lapolis gen lòd poul trake yo tout.
Ni sa ki pran leszam, sa ki vole lajan leta, sa ki pran kòb leta e ki p pa fè travay yo te gen pou yo fe a, ya gen pou yo repon douvan lajistis. Pèp ayisyen, reflechi byen. Pa kite peson moun fè aksyon kap anpeche peyi nou pran chimen pwogrè ! Kou bran ou pran nan moulen, ya rale kow yo yap gentan kite peyi a se nou kap nan zen pou kont nou.
Eleksyon onet, kedib avèk patisipasyon pèp la sèl garanti lapè ak estabilite nan peyi. Nan rankonk ak konsiltasyon akò 5 fevrye 2016 la te mande m fè a, tout moun mwen te fe chita tande avèk yo a te gen yon sèl revendikasyon: yon komisyon endependan evalyasyon ak verifikasyon pou fè limyè sou eleksyon 2015 yo. Se sèl kondisyon pou yo retounen nan eleksyon.
Se pou sa mwen te deside, apre anpil konsiltasyon ak tout fòs politik yo, met sou pye yon Komisyon presidansyèl. Mwen envite tout pati ki te patisipe nan dènye eleksyon yo, pou m te diskite de sa avèk yo. Nou te swete tout mounn te pote kole nan mete komisyon sa sou pye. Malerzman, gen dezoutwa ki te deside pa vini.
Kidonk, fòk nou onèt ak tèt nou et ak misyon ke peyi-a ak listwa konfye nou. Manda prensipal mwen, nan titan kout sa, se oganize eleksyon, bon jan eleksyon, onèt, transparen, demokratik, ki pou kondwi peyi-a sou wout estabilite ak devlopman. Kelkeswa difikilte ke mwen ta jwenn, mwen pap jan’m bliye reskonsablite istorik sa-a, e mwen pran angajman pou mwen ekzèse li san fòs kote !
Chères concitoyennes, chers concitoyens,
Chaque nation connaît, au cours de son existence, des périodes fastes et des périodes moins glorieuses. L’important réside dans la capacité des filles et fils d’Haïti à se ressaisir après des moments difficiles et d’apprendre à les transformer en opportunités.
Je vous invite aujourd’hui à contribuer dans le combat pour transformer notre pays, pour réformer notre Administration et pour redonner confiance aux nouvelles générations.
Toutes les activités menées aujourd’hui par l’Exécutif sont en ligne droite avec le symbolisme du drapeau national que nous fêtons ensemble. La devise qui y est inscrite: “l’union fait la force” est la clé de notre réussite en tant que peuple. Pour s’unir il faut que la confiance s’établisse et pour avoir confiance nous devons nous parler et chercher ensemble des solutions à nos problèmes.
Dans cette perspective et pendant que nous avançons ensemble vers la finalisation du processus électoral, pour répondre aux vœux sincères d’une frange importante de la population, j’ai demandé à mes collaborateurs de lancer, dès la semaine prochaine, un processus de dialogue national. Il m’a, en effet, semblé important de discuter des vraies questions qui rongent l’ensemble de la population, pendant que le CEP avance sur le calendrier électoral.
L’insécurité alimentaire, le chômage endémique, la paix sociale, l’éducation de nos enfants ou la souveraineté nationale sont des défis que nous devons relever. Pourquoi ne pas nous entendre sur un pacte sur l’économie, un pacte sur l’environnement, un pacte social et un pacte politique.
Notre passé et notre présent sont symbolisés par notre drapeau, mais nous fêtons également – je le rappelle - l’université et la jeunesse, pierres angulaires des fondations du futur et d’un lendemain meilleur. Nous pouvons tous rêver d’une Haïti en paix, prospère et qui offre des opportunités pour mener une vie digne et décente. Mais, il nous faut pour cela construire des têtes bien faites et disposant de l’accompagnement nécessaire pour s’épanouir. C’est l’éducation qui enfantera les libérateurs de demain!
Cher (e)s compatriotes,
Je m’engage, encore une fois, solennellement, à mettre toute mon énergie et mes compétences pour que notre pays sorte plus fort et plus uni de cette crise. Je m’engage à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que nous ayons un président élu le plus tôt possible cette année et que les autres postes électifs soient également comblés.
Que l’esprit de nos ancêtres qui nous ont légué cette patrie nous guide tous!
Vive Haïti !
Vive le drapeau !
Vive l’université !
Je vous remercie.