Cette longue journée a démarré à Tabarre, commune du département de l’Ouest. Le cortège, une fois, cette première étape accomplie, s’est rendue à Mirebalais, dans le centre du pays, où est installée la plus grande centrale hydro-électrique de Peligre. Cette centrale d’une capacité globale cinquante mégawats a cessé de fonctionner par manque d’entretien et réparation. Cette remise en marche est la toute première phase du processus de réhabilitation de ladite centrale et ne concerne que l’une des trois turbines la constituant.
MESDAMES, MESSIEURS
Nous sommes réunis aujourd’hui en ce 19 août 2016 pour la remise en marche de la première turbine réhabilitée de la centrale hydro-électrique de Péligre. La Centrale de Péligre dans ses débuts produisait, comme vous le savez, 54 Mégawatts qui représentaient, à cette époque, plus de 4 fois la capacité dont Port-au-Prince avait besoin. C’était en l’année 1971 et nous parlons d’une capitale avec aux environs d’un million d’habitants. Au fil du temps, nos dirigeants ont laissé la croissance démographique dépasser la croissance énergétique, sans prendre les dispositions pour rétablir l’équilibre au besoin de la population n’était pas au rendez-vous.
Comme beaucoup d’autres infrastructures du pays, la centrale de Péligre a souffert des mêmes conséquences, un manque d’entretien chronique et un manque de planification à long terme. Ces manquements ont provoqué dans les années 2000, la perte d’environ quarante pour cent (40%) de sa capacité initiale. La faiblesse au niveau de production, a vite poussé les gouvernements de l’époque a sollicité, auprès de certaines institutions financières internationales des fonds indispensables a sa réhabilitation. La Banque Interaméricaine de développement (BID), la Coopération allemande à travers le Kreditanstalt Fur Wiederaufbau (KFW) et le Fonds de l’Organisation des Pays Producteurs et Exportateurs de Pétrole pour le Développement International (Fonds de l’OPEP pour le Développement International ou OFID) ont répondu à l’appel du Gouvernement. Au nom de l’état haïtien, je les remercie pour leur appui inestimable à la réalisation de cet important projet.
L’énergie électrique, en effet, est l’un des éléments qu’aucun pays ne peut s’en passer pour soutenir son développement. La production, la commercialisation et la distribution a l’échelle nationale de ce bien stratégique et public est de la compétence de l’Électricité d’Haïti, (EDH) détentrice légalement du monopole du secteur.
La gestion de cette entreprise publique à vocation commerciale est l’une des institutions les plus défaillantes de l’administration publique haïtienne. Elle est caractérisée, non seulement, par son incapacité à mobiliser les ressources le mettant à l’abri de toute subvention de l'État, mais encore, à répondre à ses dépenses de consommation et de fonctionnement. Elle est rendue, de ce fait, dans l’impossibilité matérielle de satisfaire les attentes d’une clientèle de plus en plus nombreuse. Ces problèmes auxquels, nous espérons apporter les réponses appropriées, à travers la remise en marche de cette première turbine réhabilitée, ne datent pas d’aujourd’hui et sont loin d’être le fruit d’un pur hasard. Ils résultent des choix volontaires des différentes administrations qui se sont succédé, au cours des dernières années.
Ces dernières, malheureusement, ont emprunté le chemin le plus court pour appréhender une question aussi névralgique. Les interventions indispensables aux défaillances des turbines et l’ensablement du barrage sont compensées par le recours aux combustibles fossiles. Le choix du thermique est certes une solution a certaines contraintes urgentes. Mais une telle option a absolument des conséquences néfastes sur l’économie et l’environnement du pays. Bien sûr, on ne pourrait se passer du thermique qui reste le courant de base. Notre pays, par sa situation géographique, possède d’énormes potentialités en énergies renouvelables à être exploitées. Je veux parler en ces sens de l’énergie hydraulique avec nos cours d’eau qui sont encore sous exploité, l’énergie solaire, l’énergie éolienne.
La réhabilitation de la centrale de Péligre s’inscrit dans cette logique et l’administration Privert-Jean Charles que je préside y croit fermement. Notre sécurité énergétique sera assurée si nous sommes en mesure d’en profiter d’une façon soutenable. Avec Péligre fonctionnant à sa capacité maximale, d’ici 18 mois, ce sera un grand soulagement pour les caisses de l'État, qui, pour le présent moment, subventionne annuellement la production électrique à plus de deux cent (200) millions de dollars américains par année. De plus, Péligre sur le réseau de l’EDH, c’est plus de 30 millions de dollars en moins dans l’achat des carburants pour produire l’électricité.
Le coût total de ce projet totalise plus de cent (100) millions de dollars américains provenant de trois organismes internationaux, dont deux (BID et KFW) sous forme de dons et un prêt de l’OFID d’un montant de quinze (15) millions de dollars américains. C’est pour moi aujourd’hui un motif de fierté et de satisfaction d’être présent pour la remise en marche de cette première Turbine. D’autant plus qu’en ma qualité de Président de la Commission Économie et Finance du Sénat de la République, j’ai eu à assumer cette présidence de la commission bicamérale, chargée de l’analyse de l’accord de financement de ce projet, en vue de sa ratification par l’assemblée Nationale.
L’Énergie renouvelable doit être une priorité d’état et aujourd’hui nous avions fait un pas dans la bonne direction. Je demande à la population de patienter car nous jetons les bases d’une nouvelle approche pour rendre le secteur à la hauteur des attentes et aspirations de tous ses clients (actuels et potentiels). Le chemin qui nous reste à parcourir est encore très long, en comparaison a celui déjà réalisé par notre plus proche voisin.
La République Dominicaine, avec une population similaire à la nôtre, dispose d’une capacité installée de plus de trois (3) mille Mégawatts, alors que notre production globale stagne à la hauteur de trois (300) cents Mégawatts et pour une disponibilité ne dépassant deux (200) cents.
Ce que nous vivons aujourd’hui en matière de fourniture de cet élément vital qui est l’énergie électrique, c’est le résultat de nos choix et de nos modes de gestions. Il faut changer cette façon de faire. On ne peut pas continuer à ne pas payer pour ce service que nous recevons. L’Électricité c’est un service de base qui a besoin de lourds investissements pour assurer la durabilité de son approvisionnement.
Mes chers concitoyens, je vous encourage à honorer les factures correspondantes à vos consommations, qu’elles soient utilisées à des fins personnelles, professionnelles, industrielles et commerciales. Dans le même ordre d’idée, j’exhorte les responsables de la compagnie électrique à se doter de moyens nécessaires pour récupérer l’énergie vendue. Les subventions tirées du Trésor public, en compensation aux défaillances de l’EDH, auraient pu servir a financer des projets de construction de routes, d’école, d’hôpitaux et de canaux d’irrigation au bénéfice des populations vulnérables privées d’électricité.
l'État ne peut plus continuer à subventionner une entreprise commerciale qui, pour chaque Gourde dépensée ou utilisée, ne récupère que trente (30) centimes. J’invite aussi les techniciens de la compagnie à assumer leur part de responsabilité en prenant toutes les dispositions nécessaires pour assurer la pérennité de ces installations laquelle passe par un programme permanent d’entretien préventif planifié. Ne pas le faire, c’est retourner après 3 ou 4 ans dans les mêmes conditions.
Je réitère au nom de l’état haïtien mes plus chaleureux remerciements à tous ceux qui ont collaboré dans l’avancement de ce projet, nos partenaires financiers (BID, KFW, OFID) la compagnie de Construction Alstom-GE, la firme de Supervision FICHTNER, les techniciens locaux et sans oublier, bien entendu, les populations du Plateau Central et particulièrement celle de Mirebalais ou siège la Centrale.
Mes chers concitoyens, je vous remercie