"La vie est une corde qui ne se casse pas. Chaque homme y fait un nœud. C’est ce qui rend la vie vivante pour des siècles et des siècles."
Cette expression tirée de « Gouverneurs de la Rosée », le célèbre roman paysan de Jacques Roumain, traduit la réalité de la police nationale d’Haïti. Cette institution, encore jeune, accueille aujourd’hui sa 26e promotion. Ma fonction de président de la République, me confère le privilège de saluer le courage des premiers nœuds qui ont permis à la corde de s’allonger et de sensibiliser ceux qui s’ajoutent aujourd’hui au rôle qu’ils sont appelés à jouer pour la perpétuer.
C'est avec le sentiment d’une double responsabilité civique et politique que j’interviens à cette cérémonie de graduation de la 26e promotion de la Police nationale d’Haïti (PNH). A 21 ans, la PNH est certes une jeune institution, elle a cependant parcouru un long chemin, toujours dans une constante recherche de consolidation de ses structures.
Quand j’ai été convié à cette célébration de remise de diplômes, je n’ai cessé de me rappeler cette phrase de Louis Joseph Janvier « La passion des diplômes, il faut la faire clore chez nous », je ne saurais non plus ne pas penser à la dimension atteinte par la jeunesse, quant à son implication décisive et marquée dans diverses institutions du pays, notamment la PNH à qui incombe la lourde responsabilité de servir et protéger la population.
Les actions de cette jeune institution ne sont pas toujours bien comprises. A tort ou à raison, elle est souvent accusée de passivité et de manque de professionnalisme ou tout autre prétexte de nature à la discréditer. Toutefois, il nous faut reconnaître, que nos policiers ont assuré la sécurité de la Nation pendant ses 21 années d'existence et que la PNH a répondu globalement et valablement à tous les grands rendez-vous auxquels elle a été associée dans le cadre de la mission qui lui a été assignée par la Constitution et par sa loi organique, à savoir « garantir l’ordre public, protéger la vie et les biens des citoyens ».
Chers gradués,
Je tiens à vous féliciter vivement pour votre engagement à servir votre pays. Je sais que votre formation a été laborieuse et très difficile, mais vous êtes parvenus au terme de la longue marche. Dois-je à cette occasion vous rappeler que cette célébration marque seulement la fin d’une étape, comme le dit l’autre « c’est un monde qui finit et un monde qui commence ». Sans vouloir vous intimider, je ne vous cacherai point que des étapes bien plus ardues sont à venir.
Si pour certains, être policier se limite au port d’un uniforme rutilant et impérial, pour d'autres cette distinction vous impose à assumer la lourde responsabilité de servir et de protéger. Pour l’assumer avec le sentiment permanent du devoir accompli, certaines valeurs cardinales, comme des phares, vous devriez vous orienter et vous guider vers les pôles de l’excellence et de la performance. Des valeurs comme le sentiment du travail bien fait, la loyauté, l'estime de soi, la moralité, l’esprit de corps et j'en passe.
Je suis certain que vos formateurs vous ont inculqué ces nobles valeurs. Une fois déployés sur le territoire national, vous serez seuls face à votre conscience professionnelle. C'est à cette conscience que je fais appel aujourd'hui. Une conscience professionnelle qui prend appui sur les valeurs apprises ici à l'Académie et qui assureront le succès de votre carrière bien plus que les armes ou autres outils de service dont vous pourriez disposer. Pour ma part, je vous donne la garantie que vous pouvez compter sur la République.
Je tiens aussi à vous rappeler que vous êtes un maillon incontournable de la chaîne pénale. Sans la solidité avérée et éprouvée de chaque maillon de cette chaîne, les résultats escomptés ne seront pas atteints. Il faut l’engagement formel des plus hautes autorités de l’État à vos côtés pour la pleine réussite de votre mission.
Au niveau du CSPN, des réunions seront régulièrement tenues, des résolutions seront adoptées et des actions tangibles seront posées. Au niveau du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, des instructions sont passées aux Commissaires du gouvernement ainsi qu’aux substituts afin qu'ils agissent avec professionnalisme et objectivité.
Nous voulons être sûrs que les autres maillons de la chaîne pénale fassent preuve du même niveau d’engagement.
Pour vous qui avez déployé tant d’efforts pour arriver jusqu’ici. Pour vous qui avez consenti tant de sacrifices pour la pérennisation de cette institution policière et au bénéfice de la population haïtienne, aujourd’hui est un jour mémorable, où vous êtes officiellement face aux multiples défis du métier.
Si vous aviez pensé que ces défis seront toujours faciles à relever, je vous saurais gré de vous affranchir de telles illusions, car être policier, policière, implique de courir des risques et de s’évertuer avec honneur et professionnalisme à accompagner le peuple haïtien et tous ceux qui vivent sur le territoire d’Haïti dans les multiples aspects de leurs vies quotidiennes.
Je profite pour réitérer à ces jeunes policiers et policières, que le travail n’aura jamais été facile sinon devra être bien fait. Il s’agit de la sécurité du peuple haïtien, celle de nos concitoyens et concitoyennes, mais aussi la sécurité des investissements dans ce pays. Pour se faire, l'État haïtien s’engage à supporter à travers ses organes respectifs, les démarches effectuées dans cette quête de justice et de stabilité sociale.
Mesdames, messieurs,
Je ne saurais terminer mon discours sans adresser un mot de remerciement spécial à nos amis de la Coopération internationale, nos amis de la MINUSTAH qui accompagnent la PNH dans la quête de l’excellence et de la performance. Je remercie aussi les instructeurs haïtiens et étrangers qui ont su enseigner à nos jeunes agents de la PNH les techniques relatives au travail de police. Nos mots de félicitations vont aussi au Haut-Commandement de la Police ainsi qu’à chaque agent de la PNH pour leur bravoure et leur ferme engagement à la noble tâche de nous protéger et de nous servir en dépit de la précarité des moyens matériels et logistiques à leur disposition. Grâce à eux, le peuple haïtien espère pouvoir dormir en toute quiétude, emprunter les rues à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, vaquer régulièrement et sereinement à leurs activités.
En ce moment, en tant qu’ancien vice-président du CSPN, membre de la Commission Justice et Sécurité Publique du Sénat de la République et aujourd’hui Président de la République, je nourris une pensée spéciale aux agents et aux parents des agents tombés au champ d’honneur dans l’exercice de leur mission.
Chers récipiendaires,
En vous indiquant d’une main confiante la voie du devoir au service des populations attentives à vos comportements, je formule le vœu que vos actions conjuguées soient empreintes du professionnalisme le plus constant et contribuent à instaurer dans notre pays une société tranquille, pacifique, propice à une vie agréable, débarrassée des transes de l’insécurité et de la criminalité. Bonne besogne et bonne chance!