Discours Officiels
DISCOURS A LA CÉRÉMONIE D’INVESTITURE DU PREMIER MINISTRE ÉNEX JEAN CHARLES ET DE SON GOUVERNEMENT, 28 MARS 2016

MISE EN CONTEXTE.

 L’énoncé de la déclaration de politique générale et le gouvernement du premier ministre Fritz Alphonse Jean, n’a pas eu la faveur de la majorité à la chambre des députés, dominée particulièrement par les élus du PHTK, KID, AAA et Bouclier regroupés au sein de l’alliance parlementaire haïtienne (APH).

Les consultations avec les différents blocs politiques au parlement devaient donc reprendre, en vue de dégager un consensus autour d’une autre personnalité pour diriger le gouvernement. Après d’intenses discussions sur cette notion de partage de responsabilités, devenue depuis quelques temps, une monnaie d’échange dans les relations entre les pouvoirs exécutif et législatif, le dévolu a été jeté sur le professeur Enex Jean Charles. Il était, de l’avis des parlementaires, le plus apte à pouvoir constituer, dans les deux chambres, une majorité confortable. Fort de cette garantie, l’arrêté présidentiel l’habilitant à former le gouvernement et à se présenter au parlement a été publié au journal officiel de la république. Comme prévu, l’énoncé de sa déclaration de politique générale et de son gouvernement a été ratifié par les deux chambres le 24 mars 2016. C’était un jeudi saint, un jour spécial pour les chrétiens catholiques, du monde entier.

MM

 

Pour la deuxième fois en moins d’une quinzaine de jours, je me retrouve devant vous pour procéder à l’investiture d’un nouveau Premier Ministre nommé avec, cette fois-ci, les membres de son gouvernement. J’ai signé l’Arrêté nommant le citoyen Enex Jean Charles Premier ministre moins de 72 heures après le refus de la Chambre des Députés de voter favorablement la Déclaration de Politique Générale de Monsieur Fritz Jean.  ?

Je tiens ici à saluer ce dernier qui avait accepté la tâche ardue de monter une équipe capable de gagner la confiance du Parlement.  Cela a toujours été une mission difficile en face d’une législature entrante dont les contours ne sont pas encore clairement définis. Qu’il soit certain que son sens du sacrifice et du bien commun ne seront pas oubliés !  Il en est de même pour tous les ministres nommés au sein de son cabinet et qui n’ont pas pu être retenus dans l’actuel gouvernement.

Je tiens aussi, une nouvelle fois à remercier le Premier ministre Evans PAUL et les membres de son gouvernement, présents aujourd’hui, affirmant ainsi leur attachement au principe sacro-saint de la continuité de l'État. Monsieur le Premier Ministre sortant, en vous remerciant pour votre dévouement, je reste persuadé que chacune et chacun d’entre vous saura rester disponible pour servir, sous d’autres formes, notre patrie commune.

Je salue la présence de nos partenaires de la communauté internationale, témoins qui ont su comprendre et accompagner la nécessité de mettre en place une solution politique à l’impasse constitutionnelle dans laquelle se trouvait le pays. Qu’ils soient assurés que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour respecter tous nos engagements.

Je remercie, les parlementaires et les groupes politiques qui ont permis au pays de surmonter cette nouvelle épreuve qui mettait en péril la volonté partagée d’assurer la continuité institutionnelle et la poursuite du processus électoral entamé en 2015, conformément à l’accord politique du 5 février dernier.

Je remercie, enfin et surtout  le peuple haïtien dans toutes ses composantes pour sa patience et  pour la maturité politique dont il a fait preuve, pour avoir maintenu dans le pays, une atmosphère calme et sereine en ces moments d’incertitudes et de grandes préoccupations.

Monsieur le Premier ministre et très cher Enex,

Votre désignation au poste de Chef de gouvernement n’est pas le fruit du hasard. Votre carrière est un témoignage de votre engagement à servir l'État mais, surtout, votre habileté à dénouer les conflits et à toujours chercher des solutions consensuelles dans les moments qui ont marqué votre passage aussi bien à la Présidence que dans les autres fonctions que vous avez eues à occuper. Le quasi plébiscite qui a été réservé à votre Déclaration de Politique Générale n’est pas le succès d’un homme ou d’une équipe mais celui d’une méthode !

Monsieur le Premier ministre,

C’est dans la droite ligne de cette méthode que je vous enjoins à exercer vos fonctions de Chef du Gouvernement. Il vous faudra entretenir et renforcer, dans le respect de la séparation des pouvoirs, cette vision majoritaire que vous avez su faire accepter par le Parlement devant qui vous et vos ministres sont responsables. Le gouvernement que vous aurez à diriger n’est pas la résultante de la victoire d’une équipe politique mais bien celle d’un consensus difficilement obtenu. Il vous faudra donc construire la solidarité nécessaire à une action gouvernementale cohérente.  Il sera indispensable de convaincre et de rassurer la classe politique et les groupements organisés de la société civile. Calme et pondération vous seront indispensables devant les énormes défis qui vous attendent

Je me vois obligé de rappeler que ma présidence est fondée sur quatre (4) grands axes prioritaires :

1. La formation d’un nouveau Gouvernement ; ?

2. La redynamisation du Conseil électoral provisoire ; ?

3. La poursuite du processus électoral entamé en 2015 ; ?

4. La gestion efficace et efficiente de l’Administration publique.

 

Mesdames, Messieurs les ministres

Vous prenez vos fonctions à un moment crucial de la vie nationale. Tout en vous remerciant pour ce sacrifice, car vous vous rendrez rapidement compte qu’il s’agira de vous dévouer corps et âme au service de l'État, je vous demanderais cependant de bien mesurer l’ampleur de la mission qui vous est confiée. Vous n’aurez pas le luxe du « temps de grâce »

Dès aujourd’hui vous devriez-vous mettre au travail et trouver les réponses aux nombreux problèmes urgents et prioritaires qui vous attendent, dans un contexte de pure austérité budgétaire. Les dernières informations tirées du tableau des opérations financières de l'État, disponible sur le site du Ministère de l'Économie et des Finances, témoignent que les ressources collectées au 12 mars sont loin de répondre aux prévisions établies pour la même période.

Le support budgétaire de l’ordre de 4.3 milliards de gourdes que les principaux bailleurs seraient disposés à apporter  au Budget du pays est bloqué par le non-respect de certaines conditionnalités, en particulier la rectification du Budget

 

Les dernières rencontres tenues avec les responsables du Bureau de Monétisation de l'Aide Publique au Développement (BMPAD) gestionnaire des Fonds Petro caribe ne sont pas porteuses de bonnes nouvelles. Alors que les Fonds Petro caribe ont été au cours de ses 7 dernières années le principal levier des investissements publics dans le pays...

Il nous incombe l’impérieuse nécessité de regagner la confiance de bailleurs, de jouer la carte de la transparence, d’éviter le gaspillage des maigres ressources disponibles, en effaçant cette mauvaise perception que les ministères et directions générales se sont transformés, en terrains de chasse gardée de factions politiques.

Et, en ce qui concerne la population, vous devrez lui apporter rapidement les services auxquelles elle a droit. Les séquelles des inondations sont encore présentes dans de nombreuses régions.  Tout près de nous,  des milliers de concitoyennes et concitoyens sont coupés de leurs lieux d’activité quotidienne par l’effondrement d’un pont et la sécheresse qui sévit encore menace nos récoltes et met en péril la sécurité alimentaire de plus de 5 millions d’haïtiennes et d’haïtiens.

Mesdames, Messieurs,

L’accord politique qui m’a permis d’accéder aux plus hautes fonctions de l'État établissait volontairement un calendrier extrêmement serré devant déboucher sur l’élection par le peuple haïtien d’un Président de la République, un parlement et des collectivités territoriales complétés et installés. Dans le même esprit et pour avancer vers cet objectif, je vous annonce qu’immédiatement après l’installation des Ministres dans leurs fonctions respectives, se tiendra un Conseil des Ministres qui nous permettra de nommer un nouveau Conseil Électoral ce qui relancera définitivement le processus.

Certes, les retards se sont accumulés mais je reste confiant que nous avançons bien dans la bonne direction.

Honorables parlementaires,

Ensemble nous avons remplis les exigences respectives qui nous étaient dictées par l’Accord du 5 février.  Nous avons aujourd’hui un Premier Ministre et un gouvernement de consensus.  Dans quelques heures nous aurons un Conseil Électoral.  Il nous appartient encore d’accompagner cet organe qui aura besoin d’analyser le processus avant de décider comment le relancer.  De pertinentes recommandations de la Commission présidentielle d’évaluation existent et nous vous demandons, comme ce sera le cas à la présidence, de soutenir toutes les initiatives qui permettraient de rétablir la confiance chez les électeurs.

Konpatriyòt mwen yo,

Mwen pwofite okazyon sa a pou mwen di nou misyon mwen kom prezidan pwoviswa te konplike anpil tou tan nouvo egzekitif la pat okonplè.  Jodi a nou gen yon premye minis ak yon gouvèneman. Pita nan jounen an nou pra l gen  yon KEP tou nèf ki pral travay pou anvan lontan nou gen yon prezidan ki eli.  Mwen konen nap soufri anpil se pou sa ak premye minis, minis yo nap travay san pran souf pou nou jwenn yon ti soulajman douvan mize ak traka nap pase pandan ti tan kout m ap nan tèt peyi a.

Je ne terminerai pas mes propos, Monsieur le premier Ministre, sans attirer votre attention sur les importants mouvements et changements de personnel effectués au cours des dernières semaines et tout au cours du mois de mars dans la diplomatie, les parquets et les tribunaux du pays. Il s’agit de décisions inopportunes et non justifiées prises dans l’unique objectif d’handicaper le nouveau gouvernement et qui appellent à des corrections urgentes

De même les préoccupations et inquiétudes exprimées par les représentants des différents secteurs de la vie nationale, par rapport à un certain nombre de décrets publiés la veille même de la rentrée parlementaire, soit entre le mois de décembre 2015 et le 6 janvier 2016 vous obligent à les revoir. Leur demande que certains d’entre eux soient ajournés ou rapportés, ne doit pas vous laisser indiffèrent.

Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les ministres,

Vous êtes dès à présent investis dans vos fonctions !

Bon travail et bon courage !

Vive la République ! Vive Haïti !