Discours Officiels
MOTS DE REMERCIEMENTS A MES PRINCIPAUX COLLABORATEURS, CONSEILLERS, CONSEILLÈRES ET MEMBRES DU GOUVERNEMENT.

En février 2016, des nuages sombres gonflés d’orages et de bourrasques planaient sur le pays. Des retards irritants sur les échéances de la gouvernance démocratique multipliaient les défis et menaçaient la communauté nationale du spectre du chaos et de l'anarchie. Le futur qui se profilait dans ce décor problématique s'embaumait d'une odeur âcre, et nul n'était certain de le traverser ni d'y survivre sans se délester d’une portion de soi-même, de ses convictions et de ses espérances.

Ainsi, embourbée dans une crise multidimensionnelle due à l'obsolescence des institutions républicaines, une représentativité trop elliptique des citoyens et la distanciation entre les électeurs et les élus, déboussolée par la cacophonie des ténors politiques  asservis à la névrose des foules dont les démonstrations s'assimilaient davantage au Congrès de Nuremberg qu'à celui de l'Arcahaie, Haïti semblait convoquer la planète entière au chevet de son trépas et au deuil de ses funérailles.

En ces temps de délitement des valeurs, de fracture du tissu social, d'explosion des ghettos et de déliquescence des institutions, l’urgence prescrivait de sortir le pays des ornières de l'incertitude et de le réinsérer sur la ligne historique de son destin de paix, de fierté et de dignité. Les péripéties de la chronique du malheur national ont imposé à notre équipe politique des responsabilités majeures et exceptionnelles, lui inspirant des décisions exaltantes et courageuses à la limite de la témérité.

Conseillers de la Présidence, Ministres du gouvernement, collaborateurs de tous niveaux, par-dessus les cloisons politiques et idéologiques, vous avez tendu la main secourable et vigoureuse à la mourante pour lui  infuser la sève régénératrice, le sang chaud et impétueux de la renaissance et de la vie. À cette époque cruciale de la vie nationale, convaincu que « c’est en se renonçant que toute vertu se parachève, que dans l’être supérieur, tout mûrit pour le don et se parachève en offrande », vous avez érigé la solidarité humaine en principe de vie publique et irrigué les charnières de votre collaboration intergouvernementale des ingrédients hautement altruistes du devoir patriotique, du sacrifice et de l'abnégation. Votre présence infatigable et dévouée jusqu'à l'oubli de soi, vos conseils salutaires dénués de toute forfanterie m’ont aidé à traverser les embûches, à bondir par-dessus les obstacles, à déjouer les adversités instinctuelles ainsi que les hostilités oiseuses et vaines. Grâce à votre aiguillage éclairé et magnanime, j’ai conduit la barque nationale à travers les écueils des antipathies ambiguës vers un havre de paix. Et je me réjouis d’en remettre le gouvernail apaisé à un timonier choisi par le peuple revigoré et remis en confiance.

Rejetant toute allégeance à des blocs cloisonnés, vous avez accordé un soutien inépuisable à un gouvernement attelé à la tâche ardue et ingrate de renforcer l'indépendance de la justice, de combattre l'hydre et la gangrène de la corruption, d'organiser des élections libres, honnêtes, transparentes, inclusives, sans interférence étrangère, sans financement externe, sans immixtion injonction ou orientation du pouvoir exécutif.

Vous avez brisé les tabous et le glaive des malédictions séculaires qui intimident et fossilisent pour dégager les énergies et les bravoures qui résistent, convainquent et conquièrent. Vous avez choisi de néantiser vos intérêts particuliers pour assumer les exigences impératives du salut de la Patrie menacée. Vous avez jeté au feu les oripeaux de l'égoïsme et de l'orgueil pour déminer cette suspicion d’autocratie qui a toujours plané sur le Palais national et les instances exécutives de la gouvernance. Dans notre maison nationale chargée d'histoire, bien qu’agenouillée par la gifle sismique de 2010, cette conjonction d'esprits libres a aménagé une agréable éclaircie dans notre ciel chargé de nuages et d'orages.

Et puisque nous avons planté nos options et nos convictions sur un socle commun de valeurs et de vaillances, ne sommes-nous pas en droit de proclamer que cette cure de liberté, d'excellence et de dévouement patriotique a apporté un bien incontestable aux citoyennes et citoyens de ce pays, hier englué dans le culte de la pensée unique et aujourd’hui pataugeant dans la gadoue de la peur, de la défiance et du fatalisme ?

Voilà, dans une brève et réconfortante récapitulation de la qualité de votre collaboration, ce que votre connaissance du passé et votre compréhension de la conjoncture actuelle nous ont permis, de réaliser en avançant nos pions à découvert, dans la transparence, dans le dialogue permanent, avec en bandoulière le catéchisme des sublimes ardeurs et hardiesses qui ont perpétuellement sustenté nos comportements et nos actions.

Mes biens chers amis,

Maintenant que le moment est venu de déposer au placard du repos du guerrier un tablier limé par un travail assidu sans césure ni relâche, sans paresse ni défaillance, nous pouvons tirer la révérence avec le sentiment du devoir accompli. Grâce à vous, l'héritage s'est épaissi de cette habileté jadis étouffée, mais aujourd'hui reconquise, d'assumer notre propre destin. Il s’épaissit également de cette pédagogie léguée aux générations futures qui sauront désormais qu’ils peuvent, qu’ils doivent toujours tenter de libérer notre Patrie, ce géant ligoté pourtant riche d'aptitudes et de promesses inaccomplies, des chaînes et des pesanteurs qui entravent ou ralentissent son essor.

Mes chers amis,

En proclamant ici, dans les lignes chaleureuses de cette lettre, ma fierté d'avoir conduit, à la tête de l'État, une superbe équipe attachée indissolublement au service de la Patrie, je me sens redevable envers chacun de vous d’un succès qui appartient à nous tous en commun et infuse à chacun de nous et à chaque instant de notre retraite la joie de vivre et d’être fier.

Ma gratitude sans limite s’exprime en fleurs écarlates sur une plaque d’honneur virtuelle, frappée d’une médaille d’or au centre de laquelle s’inscrit en lettres capitales, simples et minces, mais chargées d’une densité de sentiments incommensurable, le petit mot : MERCI.

Au-delà de ces remerciements qui me viennent des tréfonds de mon cœur et de mon être, je me dois également de vous inviter tous à porter témoignage. Il reste évident que le rôle – et le devoir – de tout témoin est de témoigner, tant il est vrai qu’il n'existe pas de silence honnête, pour parodier Charles Péguy. Témoignez abondamment pour vivifier le legs que vous laissez à la postérité de ce que vous avez forgé par votre compétence, votre constance et votre dévouement sans partage au service de notre pays et notre peuple.

Pour tout cela, au nom de la Patrie reconnaissante, je vous redis un sincère et profond MERCI.