Discours Officiels
DISCOURS ET MESSAGES DE LA TRANSITION 2016-2017

AU CHAPITRE DE LA GRATITUDE

La transition Jocelerme Privert a réussi son pari. C’est là une vérité incontestable. Même les détracteurs et les sceptiques en conviennent, au navrant démenti de leur pronostic pessimiste. Ils reconnaissent, à leur cœur défendant, la ténacité d’un engagement opiniâtre qui a inversé leurs prédictions ou leurs souhaits maléfiques ; ils admettent une persévérance dans l’effort et le sacrifice qui a conduit à l’intérieur des balises du succès un processus électoral soumis aux oscillations paroxystiques des turbulences et des controverses.

Ce succès inattendu n’est pas un cadeau de la fatalité ni une pépite de « la fortune de César ». Y ont assidûment travaillé des institutions publiques, des organisations internationales, des personnalités de haut calibre. Sous le leadership du chef de l’État pleinement conscient de ses responsabilités et des objectifs de sa mission, elles se sont dévouées à la tâche du relèvement national, animées les unes comme les autres du souci de tirer le pays des ornières boueuses de l’incertain et du chaos.

Parce que je ne reconnais aucune vérité ni aucune moralité dans l’aphorisme scandaleux qui place la reconnaissance humaine dans la case abjecte de la lâcheté, je fus tenté d’orner mon ouvrage d’un paragraphe final dédié à la gloire de ces entités et de ces personnages émérites. Et de fait, je compose de gaieté de cœur ce chapitre que j’intitulerais volontiers « La marche à la présidence », pour retracer les péripéties de mon itinéraire et accrocher l’étoile de l’honneur et du mérite au frontispice de ces institutions comme au front des collaborateurs qui ont contribué au succès de la grande aventure.

La transition, installée au Palais national en ma personne, a vécu des jours exaltants ainsi que des remous et remises en question ciselés au burin de la mauvaise foi et des prétentions forcenées. Des ambitions en impatience de concrétisation, nous ont sommé de conclure dans l’intervalle des cent-vingt jours du prescrit constitutionnel, un processus électoral cheminant depuis deux ans sur les routes cahoteuses de contestations virulentes et inexpiables.

Sans dénier aux chevaliers de la chicane politicienne le bien fondé de leurs protestations sur l’échéance des cent vingt jours, nous avons galvanisé notre volonté de bien faire au bain du bon sens et du patriotisme ; nous avons doublé le cap des bonnes espérances nationales avec l’appui de collaborateurs aussi déterminés que nous à éviter au pays déjà si malade l’instabilité mortifère de transitions multiples et éphémères.

Aussi éprouvons-nous l’immense satisfaction de citer à l’honneur et au mérite les hauts commis du gouvernement, les directeurs généraux impliqués, les cadres et les agents de la Police Nationale d’Haïti, les membres de la Commission d’Évaluation et de Vérification Électorale (CIEVE), les conseillers de l’institution électorale provisoire (CEP), la Communauté internationale, particulièrement la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), le Front Uni de la Diaspora Haïtienne (FUDH) et certaines missions diplomatiques, notamment l’ambassade des États-Unis d’Amérique et celle du Canada... Toutes ces entités, tous ces amis d’Haïti, tous ces fonctionnaires ont œuvré du mieux de leur capacité à finaliser une entreprise percluse de retards, de pesanteurs et de troubles qui n’avaient pas manqué de fragiliser la paix publique et la souveraineté nationale.

La conquête du fauteuil présidentiel, « la marche à la présidence » était pavée d’aspérités et de fondrières. J’ai affronté des situations dont l’issue eût été hypothétique sans l’engagement d’hommes et de femmes attentionnés, dévoués, uniquement animés du souci de ramener la sérénité dans la gestion de la chose publique.

Au seuil de mon essor vers le Palais national se situent les discussions sur l’Accord du 5 février 2016, réunissant les représentants de deux grands pouvoirs de l’État : le président de la République, Michel Joseph Martelly, le président de la Chambre des députés, Cholzer Chancy, et le président du Sénat, Jocelerme Privert. Ce triumvirat de la haute hiérarchie politique de l’État n’était habité que de la consubstantielle préoccupation de conduire à bon port la barque nationale ballottée sur la mer démontée des polémiques électorales. Le président Michel Joseph Martelly, gêné aux entournures d’un quinquennat parvenu à la bifurcation de la rupture, se cherchait une sortie honorable hors des déchirures tragiques du tissu national. Les deux présidents de Chambre l’y aidaient avec l’honnêteté de patriotes voués à la préservation de l’équilibre social et politique. Gloire à eux !

Derrière ou au-dessous de cette partie visible de l’iceberg, bêchait dans l’ombre de l’humilité et de l’anonymat un noyau dur et efficace d’auxiliaires chevronnés et zélés. Ils ont guidé mes pas dans le dédale des péripéties sur le chemin du Palais National comme dans les travées d’une présidence traversée d’orages et de tempêtes (au sens propre comme au sens figuré) qui n’ont toutefois pas réussi à entamer notre marche rectiligne vers l’objectif primordial : les élections. Agressant volontairement leur modestie bien connue, je m’autorise à les citer à l’honneur ces ouvriers de la première heure: le docteur Rony Gilot, Anthony Barbier, Denise Poulard, Yvrose Joseph, Camille Édouard.

Rony Gilot vient de loin, des brumes d’une appartenance jamais reniée à l’ancien régime duvaliériste, redressée dans la sincérité d’une conversion – sans prosélytisme – à l’évangile démocratique des temps nouveaux. Dans une discrétion totale frisant l’anonymat ou la clandestinité, il a joué auprès de moi le rôle capital de conseiller spécial du ministre de l’Intérieur dans les années 2002-2004 sous le second mandat de Jean-Bertrand Aristide. Après 2004, il est demeuré le compagnon constant et compatissant de mes déboires de prisonnier politique incarcéré pendant plus de deux ans par l’inqualifiable méchanceté des décideurs de la transition Alexandre/Latortue. Infatigable sur la brèche, je le retrouve au Sénat, d’abord comme membre du cabinet du président, puis comme secrétaire général. Et c’est toujours avec le même empressement et dans les liens d’une proximité enjouée et efficace dans le traitement de mes dossiers de sénateur ou de président de la fameuse commission Finances, Commerce et Budget. Dans le chassé-croisé des tractations avec le Palais de Michel Martelly, c’est souvent à son office que la dernière main est mise aux diverses propositions relatives à l’Accord du 5 février. Et quand je franchis le pas de la candidature présidentielle, je bénéficie de son soutien inconditionnel jusqu’à la victoire en l’aube du 14 février où il fut celui qui tendit l’écharpe présidentielle qu’allait me passer le vice-président de l’Assemblée nationale, l’Honorable Cholzer Chancy. Merci, Dòk Gilot.

À mes côtés de sénateur, de candidat et de président, se retrouve également Anthony Barbier, dit Tony, planté dans sa posture pondérée et discrète. Sans remonter à nos origines nippoises et au temps héroïque et déjà lointain de nos rencontres et échanges dans les effusions premières de la mouvance lavalassienne, je dirai de Tony qu’il fut le piéton infatigable sur le chemin des contacts et des tractations de ma victoire du 14 février. À ce compte, il est la pierre angulaire et le pilier de l’édifice. Ses pourparlers avec les organisations populaires, les organismes de la société civile, les mouvements et les partis politiques ont édifié cette appréciation qui allait de façon déterminante, motiver députés et sénateurs à la séance historique du 13 au 14 février. Anthony Barbier a déployé à la tâche une patience inépuisable en même temps qu’une méthodologie infaillible que ne possèdent que les initiés du temple populo-sacramentel et les chevronnés du dialogue de groupes et de la persuasion politique. Tony appartient à cette espèce infiniment rare au pays. Le destin m’a fait la faveur de me mettre sur la route d’un des échantillons les plus représentatifs de cette espèce. Merci, mon Dieu. Merci, Tony.

Ma première rencontre avec Denise Poulard date de 2012 au Sénat de la République où elle a été affectée dans le cadre du programme de support de la MINUSTHA au Parlement. Elle est restée depuis, même après avoir laissé son poste de consultante aux affaires politiques à ladite organisation, ma principale conseillère politique. Elle a été à l’origine du premier document établissant les conditions et modalités de gestion du départ du Pouvoir du Président Martelly et des différentes phases de la transition devant favoriser le retour a la normalité institutionnelle. C’est justement ce document qui au fil des jours et des rencontres s’est transformé en ce désormais accord du 5 février 2016. Bien plus, elle a été la cheville ouvrière de tout le processus qui a conduit à cette soirée du 13 février 2016. Consolider une base électorale sure, à travers les multiples rencontres, parfois à des heures tardives, avec le groupe parlementaire (GPEP) était sa principale préoccupation et motivation. Elle l’a réussie de mains de maître. Denise est, à mes yeux, une égérie que tout homme politique aurait souhaitée avoir à ses côtés. C’est une femme d’une incomparable acuité de vision, d’une étonnante profondeur d’analyse. Sa capacité d’anticipation est si perçante qu’on la dit dans son entourage, proche de la prémonition et de la divination ; elle dissipe les brouillards du futur pour détecter les comportements et les réactions des politiques, de sorte qu’aucun incident ne nous a surpris ni ne nous a pris au dépourvu. Grâce à elle, nous avons pu contourner les écueils dans la gestion des fluctuations politiques si imprévisibles et dans le choix des mesures de prévention des accrocs de la gouvernance et des dérapages corrélatifs. Merci, Denise !

Plus sereine, plus discrète et plus taciturne se montre, ma sœur adorée Yvrose Joseph. Celle qui depuis mon intégration au Sénat de la République, m’a accompagné dans le traitement des dossiers économiques et financiers. Les lumières de ses qualifications et les élans d’un dévouement inlassable ont conduit à l’efficacité et au succès, de mes initiatives et actions à la présidence de la Commission Économie et Finances du Grand Corps.

Elle ne choisit pas d’être la femme des grands éclats ni des illuminations aveuglantes, mais une travailleuse assidue, méthodique et discrète qui dissèque et triture ses dossiers au scalpel affûté de ses compétences et de son esprit critique.

Au président de la République, elle apporta la sérénité du jugement et la rigueur du dernier mot de la raison sur des dossiers parfois plus que brûlants susceptibles de générer panique et découragement. Qu’on se rappelle la traque obsessionnelle des fonds destinés au financement endogène des élections au moment du désistement inattendu de la Communauté internationale ! Grâce à Yvrose, l’exemple est donné, et la preuve est administrée de notre capacité intrinsèque à assumer les impératifs de notre souveraineté nationale. La leçon servira certainement à l’avenir. Merci, Yvrose !

Depuis le jour de ma prestation de serment comme sénateur de la République, je suis accompagné de mon inséparable consultant juridique, maître Camille Édouard. Ses avis éclairés sur les propositions de loi que j’ai eu à présenter à la tribune du Grand Corps m’ont toujours valu un vote unanime de mes collègues impressionnés par la justesse des prescrits et la clarté de la rédaction. Maître Édouard a également participé aux discussions et à la finalisation de l’Accord du 5 février 2016. Parvenu à la présidence, je fus fortement tenté de le nommer directeur de mon cabinet, et il a commencé à remplir ce rôle quand les leaders du Sénat et de mon entourage ont préféré, avec mon assentiment, le propulser à la tête du ministère régalien de la Justice et de la Sécurité publique. Là, il a œuvré avec la même compétence et le même esprit de sacrifice à l’instauration et au maintien de la paix publique. Sous son administration, on a enregistré peu de troubles civils, encore moins cette multiplication des cas de kidnappings et de crimes affreux qui endeuillent les familles haïtiennes et même étrangères. Il est hautement regrettable qu’après mon départ du pouvoir et son retrait paisible du ministère si bien géré, il ait été persécuté et que des magistrats politiquement manipulés aient essayé d’humilier par des mandats d’amener un homme si dévoué à la cause nationale et doté d’une si haute idée de la Justice et de la République. Courage, Camille. Et merci !

Jean Max est pour moi, une très vieille connaissance. Nos premiers contacts, limitées aux salutations de courtoisie, entre gens civilisées, remontaient au temps, où il assumait les fonctions de Directeur a. i ou encore conseiller au Cabinet du Premier Ministre Yvon Neptune, alors que j’occupais le poste de Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales. On ne s’était, jusque-là, considérés comme de proches amis, au sens haïtien du thème.

C’est surtout après ma sortie de prison en 2006, que nos relations se sont approfondies et développées. Un heureux hasard m’a offert l’opportunité de rencontrer, une nouvelle fois sur mon chemin, le Ministre de la Planification et de la Coopération Externe de l’Administration Préval-Alexis, qu’il est devenu entre-temps.

Un jour, j’ai été invité à un petit déjeuner, à l’Hôtel Montana, avec un haut responsable de la Mission des Nations Unies pour la Stabilité pour Haïti (MINUSTHA). Jean Max Bellerive, en laissant une réunion audit lieu, m’a aperçu et s’est tout de suite précipité pour me saluer. Avec beaucoup d’élégance et de respect, il m’a offert ses bonnes dispositions et son accompagnement dans mes démarches pour remonter la pente, après mes plus de 26 mois de prison.

Jean Max s’est depuis comporté envers moi comme un ami vrai. Il m’a rendu des services signalés. N’est-ce pas Lafontaine qui dit « qu’un ami véritable est une douce chose ». Nos relations se sont davantage consolidées avec mon intégration au Cabinet particulier du Président René Garcia Préval et que lui, entre temps, est devenu son troisième et dernier Premier Ministre.

J’étais très loin d’imaginer qu’une personnalité de l’envergure de l’ancien Premier Ministre Jean Max Bellerive, aurait accepté de jouer le rôle de mon Directeur de cabinet. C’est avec beaucoup de précaution et de gêne que je lui ai demandé, de m’aider à ce poste. Ce que tout naturellement, comme un vrai ami et un vrai patriote, il a accepté.   

Je ne pourrais avoir mieux que Jean Max Bellerive, ce technocrate averti et respecté, ce brillant intellectuel, ce fin-connaisseur des dossiers, comme Directeur de Cabinet. Jean Max, mon PM, comme je l’ai toujours, affectueusement, appelé, mérite mieux que des remerciements.

Je ne fermerai pas ce chapitre de la reconnaissance sans évoquer l’action salutaire des membres de mon cabinet qui m’ont si généreusement, si excellemment aidé dans la gestion de la présidence et du pays. Je les cite toutes et tous à l’honneur, en leur renouvelant l’expression de toute ma gratitude.

L’équipe économique du Cabinet était constituée de plusieurs conseillers, détenteurs de savoir, d’expertise et d’expérience, certains des questions économiques et financières. Je cite l’économiste Gabriel Verret, l’agronome Joanas Gué, les ingénieurs Harry Clinton et Harry Adam

Le conseiller Yves Cristallin s’est surpassé dans la gestion des problèmes sociaux et humanitaires que ma présidence a eu à affronter

Le Cabinet pouvait compter sur deux hommes ayant une parfaite et solide connaissance des questions d’intelligence et de sécurité. Ils ont tous deux assumé les fonctions de Secrétaire d'État à la Sécurité Publique. Je cite bien sur l’ancien Colonel Himler Rebu et l’ancien Commissaire Divisionnaire Aramic Louis.

Les questions Juridiques étaient assurées par les juristes Bertho Dorcé et Nathalie Alcindor Paillant

Daly Valet est un modèle de compatriote en termes de dévouement et d’engagement. Il était, par excellence, le Ministre sans portefeuille des questions électorales.  Sans sa présence au sein du cabinet, nombre de dossiers indispensables à l’organisation des élections seraient encore dans les tiroirs.

Les conseillers Schiller Louidor, John Joël Joseph, Micanor Alfred, René Momplaisir et Marcel Mondésir ont fait une bonne gestion des questions politiques. Ils étaient à la hauteur de leur tâche. Il n’y a pas eu de trop grandes turbulences venues de la base à gérer durant les douze mois de mon mandat.

L’équipe de communication, sous la coordination de mon frère Serge Simon, avec Chimène Sylvestre, Eddy Jackson Alexis, Mathieu et Médor, était au top niveau. Je ne peux que m’enorgueillir d’avoir disposé d’une si belle équipe en matière de communication.

Les bavures volontairement commises, des  premiers jours, par le chef du protocole Yves Mazile, se sont estompés dès la prise en charge de ce service par l’Ambassadeur Eric Perrault secondé par Mesdames  Lenette D. Bernard et Josette P. Lhérisson.

Je m’en veux de ne pas citer le nom du jeune Frantz Toussaint, l’homme des « talking points » et des premières versions de mes discours et messages.

Je leur dis un grand merci.