Politique
Jocelerme Privert : L’éclair d’un espoir présidentiel dans la nuit haïtienne

Il est de ces hommes d’État dont le passage, aussi bref soit-il, marque les esprits et laisse dans le sillage du pouvoir une empreinte indélébile. Jocelerme Privert, président provisoire d’Haïti de février 2016 à février 2017, appartient à cette trempe rare. Son mandat, bien qu’intérimaire, fut un moment suspendu dans l’histoire récente d’Haïti, un interstice de lucidité, de dignité institutionnelle et de sens républicain dans un pays alors déchiré par l’incertitude politique.

Dès sa prise de fonction, dans un contexte chaotique d’élections contestées et de méfiance généralisée, Privert a su imposer un ton nouveau : celui du dialogue, de la rigueur et de l’équilibre. Élu par l’Assemblée Nationale pour pacifier une transition houleuse, il n’a pas cherché à séduire par les promesses vides, mais à stabiliser par des actes justes. Homme de compromis, il a réussi à reconstruire la confiance entre les différentes forces politiques d’Haïti, à apaiser les tensions sociales, et à remettre l’État dans une posture de crédibilité minimale sans tomber dans le piège du populisme.

Parmi les réalisations notables de sa brève mais dense présidence, on retient la tenue d’élections crédibles et transparentes, un exploit dans un pays souvent traumatisé par les urnes. 

Sous son administration, le Conseil Électoral Provisoire, restructuré et renforcé, a joui d’une indépendance totale dans l’exercice de sa fonction constitutionnelle. 

Le processus électoral qu’il a réalisé a été salué par de nombreux observateurs internationaux comme l’un des plus honnêtes des deux dernières décennies.

Il n’a pas cherché à la déception de nombre de ses collaborateurs  à conserver le pouvoir, mais à en garantir la transmission dans l’ordre et la légitimité.

Sur le plan diplomatique, Privert a renoué avec plusieurs partenaires stratégiques, rassurant les institutions internationales sur la capacité d’Haïti à se gouverner avec maturité. Il a représenté, dignement, le pays dans les grands rendez-vous tant internationaux que régionaux, témoignage éloquent de sa vision fondée sur la solidarité et le développement partagé. Il croyait que la souveraineté haïtienne ne devait pas être un slogan, mais une responsabilité assumée dans la dignité et la concertation.

Le président Privert n’a pas eu ni la mission ni le temps de transformer le pays. Mais il a incarné, l’espace d’un souffle de ce qui pourrait être une présidence éclairée, sérieuse, modeste et utile. En lui, le peuple haïtien avait entrevu la possibilité d’un autre leadership : celui qui préfère les institutions aux passions, le bien commun à
l’ambition personnelle, l’efficacité silencieuse au vacarme de la politique spectacle.

S’il est vrai que l’histoire est rarement clémente avec les présidents de transition, celle d’Haïti devra faire exception. Car dans une mer agitée, Privert fut un capitaine calme, précis, et profondément humain. Il ne s’est pas contenté de tenir la barre — il a corrigé la trajectoire.

Et si demain, l’Histoire venait à redessiner son cours, à rouvrir les portes de la République à Jocelerme Privert, ce ne serait pas une erreur. Ce serait un rendez-vous. Un rendez-vous entre un homme intègre et une nation en quête de constance. Ce serait une seconde chance pour Haïti de se souvenir que gouverner, c’est aussi savoir s’effacer au bon moment, pour mieux servir la patrie.

Car dans les silences d’un pays qui souffre, il est des présidents qui parlent sans bruit — et Jocelerme Privert fut de ceux-là.

 

James EXALUS